A 7 heures 24, chaque matin que la grille estivale de France Inter crée, l’auditeur s’invite chez une personnalité qui répond, à l’autre bout du fil, à l’inattendue question de Jean-Jacques Bernard : « Qu’y a-t-il sur votre table de chevet ? » J’ai beaucoup aimé ce rendez-vous matutinal et il m’a inspirée. C’est un meuble qui invite à l’intimité ; pour cette raison, ce texte n’est pas celui de ma propre table de chevet, mais celui, rêvé ou imaginé, inventant la table de chevet des autres, de vous internautes et néanmoins probables possesseurs d’une table de chevet.  

 

Les ersatz de la table de chevet


Le manque de place explique en partie l’absence de table au chevet de certains lits, pour autant que l’on dorme dans un lit. Le tiroir-lit remplit parfaitement l’office de table de chevet. Un plastique transparent protègera le contenu du vaste tiroir de la poussière. A proximité de la tête de lit, et ce afin d’éviter les contorsions du propriétaire – ou du locataire – du lit, sur ledit plastique, on déposera les quelques objets essentiels – évoqués plus loin – de la table de chevet. Il arrive qu’un matelas gonflable en PVC – livré avec sa pompe – tienne lieu de lit, investissant l’espace entier d’un salon. Dans ce cas, la table de chevet ne peut donc pas exister à proprement parler. Le rebord d’une bibliothèque, l’impossible coin d’une haute table ronde, trop haute pour être aisément accessible depuis ledit matelas gonflable, un coussin de canapé ou une latte de parquet habité de petites bestioles, – la seule chose dont on soit certain est qu’il ne s’agit pas de termites –, accueillent les objets suscités, décrivant une figure géométrique palliant l’absence de table de chevet.

 
Les objets qui peuplent la table de chevet


Un jour, on renonce à camper indéfiniment dans son appartement. On achète alors un petit meuble qui va accéder à une fonction exclusive et inédite chez soi : la table de chevet.
Table pliante, meuble à tiroirs, à niche, ou simple tablette solidaire du lit, la fonction demeure identique. Les objets qui y sont posés, rangés ou entassés se révèlent aussi différents que nombreux.
En vrac, j’imagine… une lampe dite justement de chevet (puissance de 40 W),

  • un radio-réveil Sony qui ne passe que les nuits à cette place et s’en va émigrer dans une autre pièce durant la journée et pendant les vacances,
  • un doudou miniature assorti à la teinte de la couette,
  • deux cailloux ramassés sur une plage,
  • un rudimentaire nécessaire à écrire (un Bic noir et un ticket de caisse Shopi en guise de papier) à portée de main pour noter ses rêves éveillés avant qu’ils ne s’évanouissent,
  • un bracelet de pacotille,
  • les cartes postales postées cet été à chacune des étapes de leur parcours par des amis partis suivre un circuit découverte en Afrique,
  • un étui en imitation de peau de crocodile abritant une paire de lunettes pour presbyte,
  • une boîte de Xanax, remplacée ensuite par son équivalent générique l’Alprazolam, à disposition en cas de brutale nécessité,
    un flacon de vernis à ongles rouge vif acheté au Leader Price à la sortie de la ville,
  • un verre (anciennement de moutarde Amora) rempli le matin d’eau du robinet afin de s’oxygéner tout au long de la journée,
  • une coupelle en terre cuite destinée à faire brûler du papier d’Arménie afin de dissiper le souffle de tabac froid qui s’insinue chaque soir dans la pièce en passant sous la porte ou à travers les colonnes descendantes de l’immeuble presque centenaire,
    des lunettes utilisables exclusivement le soir et chez soi, dont la seule et unique vocation consiste à permettre de s’adonner à une métamorphose complète de soi-même quand on n’est plus exposé au regard des autres,
  • un critérium Pierre Cardin reçu en cadeau douze ans plus tôt,
  • un mouchoir à gros carreaux vert et rose pour éponger les chagrins ou sur lequel déposer sa montre pour étouffer le son du tic-tac, ces souris qui grignotent le temps,
  • une boîte à bijoux recouvertes d’arabesques rigoureusement centrée sur un napperon rectangulaire en dentelle poussiéreuse,
    une lettre manuscrite recto verso sur quatorze pages de vélin (120 grammes) que l’on relit chaque soir avant de s’endormir,
    la télécommande de la télévision Philips pour ne pas rater la météo après Soir 3,
  • un stick Neutrogena pour les lèvres,
  • un téléphone portable branché toute la nuit soit pour s’assurer que le réveil de l’appareil se déclenchera bel et bien à l’heure désirée le lendemain, soit pour être réveillé vers deux heures du matin par le short message service de l’un de ses meilleurs amis qui a pour coutume de ne rejoindre les bras de Morphée qu’entre une heure et quatre heures du matin,
  • un poste de radio portatif Siemens réglé de façon immuable sur la fréquence dijonnaise de Radio Notre Dame,
  • une photo d’un être tout proche, ou parti, encadré par des lames de pin massif brut des Landes,
    son magazine féminin mensuel préféré avec en bonus le gloss tendance de l’été,
  • son magazine masculin préféré sans bonus,
  • une bouteille en verre d’eau minérale (contenance d’un litre),
  • une minuscule pomme de pin,
  • un Stabilo boss fast blue, stormy green, speed magenta ou yellow racer pour surligner les offres d’emploi ou les annonces immobilières de la presse du jour après lesquelles courir le lendemain,
  • une ordonnance et ses remèdes aux noms sibyllins, mots auxquels on se contente d’obéir, à défaut de décrypter leur signification scientifique,
  • une paire de ciseaux pour gaucher,
  • six boules Quiès,
  • un catalogue de vente par correspondance pour la ménagère de moins de cinquante ans,
  • trois cassettes audio de Pierre Vassiliu,
  • la vidéo du Huitième jour, collector car supprimée à la vente,
  • un CD de metal progressif,
  • le digipack de deux DVD « 100 pour 100 live de Johnny à la tour Eiffel » dans un fourreau en vernis mat,
  • un cendrier qui déborde de cendres mais pas seulement,
  • un parfum de nuit, pour se rêver en Marilyn, qui disait dormir seulement vêtue de quelques gouttes de N°5,
  • un pense-bête « Penser aux croquettes pour le lapin de la voisine »,
  • un billet de cinquante euros passablement aplati sous l’intégrale des Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio dans la collection J’ai Lu,
  • un rouge à lèvres noir

    et tant d’autres « trucs et bidules » fétiches à inventer ou dont s’inspirer…  


A votre tour, racontez-moi votre table de chevet !