Le magazine France TGV édité par la SNCF et disponible gratuitement dans certains trains à grande vitesse propose à ses lecteurs de lui adresser leurs souvenirs de voyages en train. J'en ai recensé de nombreux, mais l'un des plus savoureux vous est raconté ci-dessous...

 

 

Gare d’Oyonnax (Ain). Altitude 541,3 mètres. TER à destination de Lyon-Perrache. Départ à 6 heures 22. C’est l’hiver. Il fait encore nuit, et froid surtout. Comme chaque lundi matin, j’ai pris place du côté de la vitre, avec un roman dans lequel je me plongerai lorsque Morphée m’aura définitivement abandonnée.

Les voyageurs montent les uns après les autres, leur arrivée s’échelonnant de 20 minutes d’avance à 5 seulement avant que le train ne se mette en mouvement. Parmi eux, un couple d’une quarantaine d’années. Ils s’installent face à moi, côte à côte.

Ils sont particulièrement bavards. Notre proximité ne me permet pas un seul instant d’ignorer leur conversation. J’apprends ainsi qu’ils se rendent à Lyon pour effectuer des radiographies. Ils habitent dans un hameau voisin et il s’agirait de leur premier voyage en train : ils semblent en effet impressionnés par cette aventure ferroviaire inédite.

Un premier indice m’a menée à cette conclusion : l’éclairage du wagon. Ce matin, en effet, les néons du côté droit du compartiment – le côté que nous occupons tous trois – ne fonctionnent pas. « C’est pour faire des économies. Ils les allument en alternance ! » explique l’homme à son épouse. Je ne me suis bien entendu pas permis de l’informer qu’il s’agissait d’une défaillance technique, et non d’un processus de restriction inscrit dans le cadre du développement durable…

Tandis que le TER continue sa progression, traversant les champs encore plongés dans l’obscurité, les commentaires et interrogations multiples de ce couple découvrant les joies du réseau ferré de France vont bon train. Après avoir résolu l’énigme de l’éclairage alternatif, les voici en proie à une angoisse d’ordre réglementaire : que faire de leurs titres de transports respectifs ? Certes, ils ont été compostés avant le départ, mais il semblerait que cela ne soit pas suffisant : « Mais non, je te dis ! Il faut descendre à chaque gare pour composter le billet ! » s’exclame le mari. « Mais comment va-t-on faire ? Va falloir se dépêcher pour ne pas rater le départ du train ! » s’inquiète à bon droit son épouse.

Cette fois-ci, c’en est trop. J’ai toutes les peines du monde à réprimer mon irrésistible envie de rire. Je me suis donc empressée d’ouvrir mon livre – leur dialogue a effectivement achevé de me tirer du demi-sommeil dans lequel j’étais encore embourbée – et j’ai fait mine d’être absorbée par ma lecture. Je ne soupçonnais pas à quel point un livre pouvait constituer un excellent alibi pour se tirer d’un mauvais pas !

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