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Le
nom de "Reading room" m'a été inspiré par
une visite de l'exposition présentée par la Maison
européenne de la photographie sur Martin
Parr.
Cette installation réunit des livres de photos prises par Martin
Parr ainsi que des grands classeurs dont les feuillets plastiques protégent
les images des doigts crasseux des visiteurs. Aux murs, des photos de
Martin Parr à différentes époques de sa vie.
Le mobilier : un sofa, une table basse, une table de salon et trois
chaises autour pour consulter les ouvrages exposés. Cette pièce
évoque davantage les décennies passées que le XXIe siècle.
Un mot,
un
lien.
Voici ma "reading room" virtuelle, copie miniature de ma "reading
room" de papier...
Nota
Bene
- La date indique l'année à laquelle j'ai lu
le livre et par conséquent recopié cette phrase
dans un de mes grands classeurs.
- Quand aucune source n'est mentionnée, c'est que
j'ai cueilli ces mots dans le poste de télévision
de mes parents (puisque la cueillette exposée sur cette
page remonte à de nombreuses années déjà).
Voir
aussi Le
corridor de la Petite Fabrique...

La
« caverne de l'amour »
Histoire de l'oeil
Georges Bataille
2005
Biffures
« Alphabet »
Michel Leiris
2006
« Balthazar, triple a que la membrure vigoureuse des consonnes
fait tinter comme un gong ou un glas, ainsi que dut sonner au beau milieu
du festin la voix du trouble-fête et prophète Daniel quand
il interpréta - écolier qui savait fameusement sa leçon ! -
la sentence apparue sur le mur comme sur un tableau noir : MANÉ,
THÉCEL, PHARÈS ; Éléazar, poignardant l'éléphant
entre les pattes duquel il s'était faufilé, énorme
voûte qui vient à point pour évoquer le hall spacieux
de la gare Saint-Lazare, écho inévitable de son nom auquel
répond aussitôt (comme s'il désignait quelque bouilloire
ou autre instrument de torture utilisé par Antiochus contre les Macchabées)
le mot russe "samovar". »
Source
inconnue
2006
« Celui
qui habitait au sixième a cassé un carreau et toute la lumière
de sa vie s'est répandue sur le trottoir. »
Mac
Orlan
1954
« Ne
me secouez pas, je suis plein de larmes. »
Henri Calet
L'automne
à Pékin
Boris Vian
2006
« Peiné,
Athanagore secoua sa tête grisonnante. Tant de méchanceté
le confondait avec le mur et Amadis crut le voir disparaître, s'il
est permis de s'exprimer ainsi. Un effort d'accomodation le fit émerger
à nouveau au milieu de son champ visuel en friche. »
« À
la station Bir-Hakeim, je me suis demandé si elle allait prendre
le métro ou alors si elle voulait encore marcher et traverser
la Seine. Au-dessus de nous, à intervalles réguliers,
le fracas des rames. Nous nous sommes engagés sur le pont.
[
]
Nous marchions de nouveau. Nous étions arrivés au milieu
du pont, à la hauteur de l'escalier qui mène à
l'allée des Cygnes. Elle s'est engagée dans l'escalier
et je l'ai suivie. Elle descendait les marches d'un pas assuré,
comme si elle allait à un rendez-vous. Et elle me parlait de
plus en plus vite.
[...]
En bas, nous suivions l'allée des Cygnes. De chaque côté,
la Seine et les lumières des quais. Moi, j'avais l'impression
d'être sur le pont-promenade d'un bateau échoué
en pleine nuit. »
Dans le café de la jeunesse perdue, Patrick
Modiano |
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Au sujet de la Cité
Universitaire de l'époque :
« C'qui
m'attire dans un lieu c'est quelquefois quand il 'na pas été
trop surchargé de regards, qu'ils n'ont pas été
regardés pouvait leur donner un certain mystère parce
que d'un point de vue imaginaire ils n'étaient pas surchargés
de choses littéraires. [
] A l'époque où
ç'a été construit y'avait encore la zone qui
était une sorte de bidonville, y'avait vraiment une sorte de
contraste. Une fois qu'on passait les grilles, on avait l'impression
d'être dans une sorte de zone franche en fait, comme on dit
que certaines villes, comme Tanger, ou, étaient des zones franches.
Il faut dire que certains pavillons ressemblent à des hôtels
de stations de sport d'hiver ou de villas balnéaires. C'est
des endroits où on a l'impression, étant donné
l'âge des gens évidemment, des endroits avec ces prairies,
ces maisons étranges, on a l'impression d'être à
la lisière de sa vie, on a l'impression du fait de ce paysage
un peu bizarre qu'il y a un horizon de l'avenie ['vie' ou 'avenir'
?]. »
Empreintes
- Patrick Modiano
- Deux diffusions sur France 3 en octobre 2007
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« Pour
écrire, j'ai besoin de choses précises, presque de cartes
d'étatmajor. Il faut que je sache que telle personne habite
à tel endroit. J'ai besoin de cette précision pour développer
une sorte de rêverie... [...] Les lieux ont un pouvoir d'évocationn,
un pouvoir de suggestion terrible. Quand certaines personnes ont disparu,
on peut les raccrocher à l'immeuble où elles ont vécu.
Je cherche toujours les traces des gens, même ceux que je n'ai pas
connus. Un quartier me rappelle toujours quelqu'un, les lieux s'imprègnent
des destins des gens anonymes qui y ont vécu. Je sens l'odeur du
temps. »
Quand
je n'écris pas, « je
suis toujours à l'état latent, dans des espèces de
rêveries. C'est une vie bizarre. Je prends des notes. J'ai des tas
de cahiers avec des choses hétéroclites, beaucoup de choses
liées au passé. J'ai un gigantesque répertoire de noms
propres et de lieux, des gens que j'ai croisés dans ma jeunesse ou
des gens de périodes précédentes, de l'Occupation.
Je trouve que les gens sont mystérieux. Je ne suis pas un collectionneur
ou un maniaque. Je suis comme un photographe qui cherche le meilleur angle
pour son modèle. Ma démarche est de trouver le mystère
des choses qui paraissent les plus quotidiennes. Je veux mettre ces gens
en valeur, leur rendre leur mystère, même à ceux qui
paraissent anonymes. »
Propos de Patrick Modiano recueillis par Stéphanie Janicot, Muze
n° 41, janvier 2008
« Lorsque
je termine un roman, j'ai besoin de commencer aussitôt le suivant,
sinon je traverse une dépression postpartum grave. »
Françoise Chandernagor, Lire de mars 2007
Le Lion
Joseph Kessel
1992
« Tamisés
par ce qui restait de brume, les abreuvoirs et les pâturages qui foisonnaient
de mufles et de naseaux, aiguës, arquées ou massives, et de
trompes et de défenses, composaient une tapisserie fabuleuse, suspendue
à la grande montagne d'Afrique. »
« Dans
l'herbe glissante, le dédale liquide, parmi cette faune prompte,
légère, silencieuse, aux sens aigus et farouches, pour y
suivre une petite file qui était, au milieu de la brousse et des
bêtes, comme une ondine au fond des eaux ou un elfe dans les futaies. »
« La
violence de la lumière était encire atténuée
par des rideaux en coton épais d'un bleu sourd. »
« Au
milieu d'un monde torride qui semblait sur le point de se dissoudre, il
y avait deux hommes protégés par le même toit, accablés
par la même torpeur, heureux de la même paresse, avec, dans
la bouche et le sang, la même douceur de l'alcool.
« Une
clarté paisible et vivante se mit à jouer sur l'argenterie
polie par les ans, la porcelaine transparente, les frêles fleurs,
les rideaux d'un bleu léger. »
« Mais
ce n'était pas la peur qui faisait courir le long de mon corps
en sueur des frissons brefs et légers à une cadence de plus
en plus rapide. »

« Il
y a trois choses que l'on peut faire avec une femme... On peut l'aimer,
on peut souffrir pour elle, ou en faire de la littérature. »
Lawrence Durell
2006
«
J'eus envie de me dire ce mot
à moi-même. Seule. Seule. Mais enfin, quoi ? J'étais
une femme qui avait aimé un homme. C'était une histoire
simple ; il n'y avait pas de quoi faire des grimaces. »
Françoise Sagan
Un certain sourire
2007
«
Inconnue,
elle était ma forme préférée,
Celle qui m'enlevait le souci d'être un homme,
Et je la vois et la perds et je la subis
Ma douleur, comme un peu de soleil dans l'eau froide. »
Paul
Eluard
«
Habiter
une chambre, qu'est-ce que c'est ? Habiter un lieu, est-ce se l'approprier ?
Qu'est-ce que s'approprier un lieu ? A partir de quand un lieu devient-il
vraiment vôtre ? Est-ce quand on a mis à tremper ses trois
paires de chaussettes dans une bassine de matière plastique rose ?
Est-ce quand on s'est fait réchauffer des spaghettis au-dessus d'un
camping-gaz ? Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés
de l'armoire-penderie ? Est-ce quand on a punaisé au mur une
vieille carte postale représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio ?
Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l'attente, ou les
exaltations de la passion, ou les tourments de la rage de dents ? Est-ce
quand on a tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance, et
posé les papiers peints, et poncé les parquets ? »
Espèces
d'espaces
Georges Perec
2007
«
La
parenthèse est un lieu où l'auteur semble se trouver confortablement
installé ; un cocon doux et chaud ; une halte reposante ;
il s'y réfugie ; il s'y installe ; il la recherche. Il
jouit alors de soi-même, comme à l'abri d'un écran qui
lui épargnerait, pour un temps, la dure condrontation avec autrui.
Lové à l'intérieur de ces deux courbes, il se met en
chien de fusil. Cest à ce signe que Roger Caillois, désireux
de trouver une métphore au Livre, fait appel dans le Fleuve Alphée :
"Ainsi, depuis que j'ai su lire, je n'ai fait que lire, et n'eût
été mon incessante et enfantine curiosité des choses
et l'impossibilité pour mon attention de n'être pas la proie
du premier objet rencontré, je n'aurais vécu que par l'entremise
des livres. Je m'aperçus très lentement que par l'usage qu'ils
font et qu'ils poussent à faire des mots, ils tendent à remplacer
la perception spontanée de la réalité. véritablement,
ils m'avaient attiré dans ce que j'ai appelé la parenthèse."
»
Traité de la ponctuation française
Jacques Drillon
2007
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«
Le repas est l'architecte de la vie familiale, imposant notamment
une conversation par ailleurs plus aléatoire. Mais cette
conversation est difficile dans nombre de ménages, qui doivent
donc s'aider de la prothèse télévisuelle, pour
masquer le silence et relancer la parole. Ceci explique sa fréquente
utilisation. Un Français sur deux regarde la télévision
en mangeant lors du repas le plus familial, le dîner, et ces
chiffres sont en constante augmentation [...]. Il sont moins importants
pour les repas plus individualisés comme le petit-déjeuner,
ce qui montre bien que l'attrait télévisuel stricto
sensu est secondaire : la télévision lors
du repas a d'abord une fonction familiale.
Et aussi.
Jean-Claude Kaufmann, Casseroles, amour et crises - Ce
que cuisiner veut dire, 2006
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« [L]a
pensée, comme l'être, se loge dans la plus petite des petites
verges, la plus modeste des virgules. »
Jacques Drillon
Traité de la ponctuation française
2007
« Il
savait que jamais il n'aurait sous ses doigts le grain de sa peau ni au
bout de son nez les odeurs de son corps. L'eau de sa bouche resterait
un mystère. Pas question de voir son visage grimacer, tout son
corps gigoter, sa voix soupirer. Quant à la voir nue... Pour compenser
tout ce qu'il n'aurait jamais il voulait être celui qui saurait
tout d'elle. Un but qu'il s'etait fixé quitte à la pousser
dans ses retranchements. »
P.
2005

Anne
qui se mélange au drap pâle et délaisse
Des
cheveux endormis sur ses yeux mai ouverts
Mire ses bras lointains tournés avec mollesse
Sur la peau sans couleur du ventre découvert.
Elle vide, elle enfle dombre sa gorge lente,
Et comme un souvenir pressant ses propres chaires,
Une bouche brisée et pleine deau brûlante
Roule le goût immense et le reflet des mers.
Enfin désemparée et libre dêtre fraîche,
La dormeuse déserte aux touffes de couleur
Flotte sur son lit blême, et dune lèvre sèche,
Tette dans la ténèbre un souffle amer de fleur.
Et sur le linge où laube insensible se plisse,
Tombe, dun bras de glace effleuré de carmin,
Tout une main défaite et perdant le délice
A travers ses doigts nus dénoués de lhumain
Paul
Valéry
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« Les
yeux sont d'une gaieté brune et chaude sous des sourcils
presque droits dont elle préserve l'épaisseur - que
je plains ces fronts déflorés par l'épilation
ou le trait de crayon, toujours plus ou moins beige, annule par
sa platitude tous les jeux de l'ombre et de la lumière !
- [...]. »
« Elle
reposait sur le dos, un bras sur l'oreiller, la paume de la main
ouverte à mon baiser et l'autre bras perdu dans les sillages
que nos corps avaient laissés dans le tumulte des draps. »
Romain Gary
Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
2005

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L'île
de la croix d'or
André Dhôtel
1992
« Une courte barbe blanche et des cheveux blancs encadraient
son visage tanné. »
Dimanche
Entre les rangées d'arbre de l'avenue des Gobelins
Une statue de marbre me conduit par la main
Aujourd'hui c'est dimanche les cinémas sont pleins
Les oiseaux dans les branches regardent les humains
Et la statue m'embrasse mais personne ne nous voit
Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt
Jacques Prévert
Choléra
Joseph Delteil
2005
« Je posais mon oreille à la serrure de son nombril. »
« Petit Choléra, voici tes mains dans les miennes et
les miennes dans les tiennes ! »
« Il fait chaud et vaste, et je marche devant moi. Tout l'espace
s'étale devant mes souliers. Le cuir caresse l'azur. Dix heures
du matin ! »
Sur
le fleuve Amour
Joseph Delteil
2005
« Quelques étoiles s'emmitouflaient dans tout un ciel
d'hermines. »
« Soudain, elle se mit à rire intarrisablement. Ses
oreilles devinrent invisiblement roses comme l'intérieur des radis.
Ses yeux humides parurent avoir été plongés dans
un océan. Puis, elle laissa choir le verre malingre, s'allongea
sur un lit de coussins âpres en poil de chamelle, et s'y caressa
l'imagination. »
La
forme d'une ville
Julien Gracq
2006
« La séduction liée, dans une cité, aux
"passages", a des affinités érotiques qui sont de
structure évidente et évidentes : hantise des orifices
et des conduits secrets, ombreux, chaleureux, qui donnent sur le labyrinthe
viscéral, les repaires intimes du vaste corps urbain. »
Journal
atrabilaire
Jean
Clair
2006
« Demeure une transcendance du papier imprimé, un
intouchable du mouvement encré, qui dépasse son usage profane.
Tirer un livre qui dormait sur l'étagère, l'ouvrir, commencer
de le lire, c'est réveiller une parole assourdie en lui prêtant
sa voix. C'est toujours un peu le "Ceci est mon corps... Faites ceci
en mémoire de moi". C'est ressusciter, dans l'élection
du livre, et perpétuer une présence qui semblait morte ou
oubliée : il y a toujours un miracle de la lecture, très
proche du mystère de l'Eucharistie, qui nous redonne un corps chaud
et familier là où l'instant d'avant il n'y avait que silence
et poussière. Le papier imprimé, qui ressort de la poudre
accumulée du temps, rejoint le pain enfariné dans cette
communion du verbe. »
« Justification, peut-être, de ce journal, cette réflexion
de Julien Green : "Le secret, c'est d'écrire n'importe
quoi, parce que lorsqu'on écrit n'importe quoi, on commence à
dire les choses les plus importantes". »

Thérèse
Desqueyroux
François Mauriac
1995
« Trop
d'imagination pour te tuer, Thérèse. »
« La
peur est le commencement de la sagesse. »

« tout
regard habituel, dit Proust, est une nécromancie. »
Cet
absent-là
Camille Laurens ; Figures de Rémi Vinet
2006
« Au
café Morik - Café-poèmes ordinaires
Gaspillage subtil du temps entre les lèvres »
Le temps d'un café
Plamen Doynov
Café-poèmes traduits du bulgare par Ralitsa Frison-roche
« Au
café Mozart
Cafés et cocktails de café
Mozart
Café
serré, extrait d'un mélange très fin,
À peine perceptible. Saisi d'un trouble amer,
J'entends vaguement un air
Joué sur les cils d'une femme
Par les lèvres de son amant
Murmurant, murmurant des mots de désir. »
Le temps d'un café
Plamen Doynov
Café-poèmes traduits du bulgare par Ralitsa Frison-roche
« Bercé
de pensées nostalgiques pour cette époque révolue,
Plamen Doynov flâne dans les rues de Budapest. Il s'arrête
au Gerbeaud au décor somptueux, puis au Central, rendez-vous des
écrivains hongrois. Au Mozart, il rêve en musique. Mais c'est
au Morik, derrière ses vitrines crépusculaires et ses flacons
de verre, qu'il trouve le plus souvent refuge pour déguster les
cafés et les cocktails de café que sa carte lui propose.
Et comme tant d'écrivains avant lui, il en résiste pas à
l'envie d'écrire. Un cahier, un stylo, une table à plateau
de marbre, le parfum du petit matin, c'est tout ce qu'il lui faut pour
composer des poèmes. Il commande un café, il en prend une
gorgée, puis il s'abandonne à ses rêveries. Son café
se transforme en encrier qui entraîne sa plume au loin, vers des
souvenirs et des visions instantanées, vers des pays aimés
et des histoires ignorées. Et chaque café devient un poème [
].
Chaque poème devient ainsi un café-poème : une miniature
en vers qui capte les impressions et les désirs éprouvés
les temps d'un café. Il devient aussi une recette pour préparer
un café aux saveurs insolites. »
Ralitsa Frison-roche
Le temps d'un café
Plamen Doynov
Café-poèmes traduits du bulgare par Ralitsa Frison-roche
« Frédéric
finit bien avant elle. Il alluma une cigarette.
Tout en fumant, il observait Laure. Il la regardait manger, boire, et
ses yeux étaient aussi noirs, aussi brillants que les olives qui
garnissaient la pizza. »
Vendredi
soir
Emmanuèle Bernheim
2006
« Des
talents de tricoteuse de mots, d'images et d'esprit d'où se dégage
ton parfum unique. »
Le Cousin
2006
« En
1860, Paris est en pleine expansion. On annexe les onze communes qui l'enserrent,
au nombre desquelles se trouvent Montmartre, Belleville, les Batignolles,
Grenelle. Elles deviendront les nouveaux arrondissements de la capitale.
La frontière entre Paname et sa banlieue est alors repoussée
jusqu'aux fortifications, construites entre 1840 et 1845 par le ministre
de l'Intérieur Adolphe Thiers, et qui étaient censées
protéger la ville contre l'envahisseur prussien. Tout au long de
cette enceinte de sûreté, mesurant trente-quatre kilomètres
et comprenant quatre-vingt-quatorze bastions, des portes défensives
sont construites pour contrôler l'entrée dans la capitale.
Il est également décidé de maintenir entre ces fortifications
et la banlieue, une zone militaire de deux cent cinquante mètres,
non constructible. Le petit peuple de Paris, les ouvriers, les exclus,
les parias, les incurables, sont rejetés dans la banlieue. La "zone",
faite de monticules d'herbe rase, de terrains vagues, devient le repaire
de prédilection des mendiants, des chiffonniers, des roulottiers
et des vagabonds qui, faisant fi de l'interdiction, érigent toutes
sortes de baraques de bois et aménagent des petits jardins potagers.
Cette "zone" est également le lieu de tous les crimes
et trafics ; la police n'ose s'y aventurer. Ce sont les fameux "fortifs",
une ceinture noire, réputée pour avoir abriter les bandes
de Belleville, opérant loin des lumières des boulevards.
La plus célèbre est celle de Pleigneur, alias Manda, le
chef des "apaches". La légende raconte que des journalistes
inspirés auraient donné ce surnom aux clans rivaux qui s'opposaient
sur le pavé parisien à coups de couteau, de sabre et de
revolver. »
Jean-Jacques Bedu,
"Avant-propos"
à L'équipe, le roman des fortifs.
2006
Plus
d'infos sur les fortifs (voire "enceintes").

L'étranger
Alber Camus
1996
« J'ai pensé alors qu'il fallait dîner. »
« Elle
avait de fines attaches et la peau blanche comme du lait. Des cheveux
auburn qui frisaient en séchant. Le dimanche elle courait le long
de la seine. J'eusse aimé plutôt qu'elle courût après
moi. »
P.
2005
De
chair et d'âme
Boris Cyrulnik
2007
« On peut aussi décourvrir en soi et autour de soi quelques
moyens qui permettent de revenir à la vie et de reprendre un développement,
tout en gardant la blessure dans sa mémoire. Là, on parlera
de résilience. »

Annie Ernaux &
Marc Marie, L'usage
de la photo, 2005
« Parfois
on a la faiblesse d'aimer ce qu'on fait. »
Michel Déon

Démons
et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
démons et merveilles
Vent et marées
au loin la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entr'ouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
deux petites vagues pour me noyer
Jacques Prévert

« Ce
n'est pas parce que le vilain petit canard trouve une famille cygne que
tout est liquidé. La blessure est écrite dans son histoire,
gravée dans sa mémoire, comme si le vilain petit canard
pensait : "Il faut frapper deux fois pour faire un traumatisme."
[Freud A., 1936, Le Moi et les mécanismes de défense]
Le premier coup, dans le réel, provoque la douleur de la blessure
ou l'arrachement du manque. Et le deuxième, dans la représentation
du réel, fait naître la souffrance d'avoir été
humilié, abandonné. "Et maintenant, que vais-je faire
avec ça ? Me lamenter chaque jour, chercher à me venger
ou apprendre à vivre une autre vie, celle des cygnes ?"
Pour soigner le premier coup, il faut que mon corps et ma mémoire
parviennent à faire un lent travail de cicatrisation. Et pour atténuer
la souffrance du deuxième coup, il faut changer l'idée que
je me fais de ce qui m'est arrivé, il faut que je parvienne à
remanier la réprésentation de mon malheur et sa mise en
scène, sous votre regard. Le roman de ma détresse vous touchera,
la peinture de mon orage vous blessera et la fièvre de mon engagement
social vous forcera à découvrir une autre manière
d'être humain. À la cicatrisation de la blessure réelle,
s'ajoutera la métamorphose de la représentation de la blessure.
Mais ce que le petit canard mettre longtemps à comprendre, c'est
que la cicatrice n'est jamais sûre. C'est une brèche dans
le développement de sa personnalité, un point faible qui
peut toujours se déchirer sous les coups du sort. Cette fêlure
contraint le petit canard à travailler sans cesse à sa métamorphose
interminable. Alors, il pourra mener une existence de cygne, belle et
pourtant fragile, parce qu'il ne pourra jamais oublier son passé
de vilain petit canard. Mais, devenu cygne, il pourra y penser d'une manière
supportable.
Ce que signifie la résilience, le fait de s'en sortir et de devenir
beau quand même, n'a rien à voir avec l'invulnérabilité
ni avec la réussite sociale. »
Boris Cyrulnik,
Les
vilains petits canards, Editions Odile Jacob
« La
métaphore du tricot de la résilience permet de donner une
image du processus de la reconstruction de soi. Mais il faut être
clair : il n'y a pas de réversibilité possible après
un trauma, il y a une contrainte à la métamorphose. Une
blessure précoce ou un grave choc émotionnel laissent une
trace cérébrale et affective qui demeure enfouie sous la
reprise du développement. Le tricot sera porteur d'une lacune ou
d'un maillage particulier qui dévie la suite du maillot. Il peut
redevenir beau et chaud, mais il sera différent. Le trouble est
réparable, parfois même avantageusement, mais il n'est pas
réversible. »
Boris Cyrulnik,
Les
vilains petits canards, Editions Odile Jacob
« [...]
la principale arme pour affronter l'adversité, c'est la fantaisie.
L'aspect
répétitif des reproductions artistiques constitue un entraînement,
une sorte d'apprentissage, qui permet d'intégrer le traumatisme,
de digérer le malheur en le rendant familier et même agréable
une fois métamorphosé. La reproduction de l'événement
qui, avant la fantaisie n'était qu'une horreur non représentable,
devient belle, utile et intéressante. Attention ! Ce n'est
pas le malheur qui devient agréable ! Au contraire !
C'est la représentation du malheur qui affirme la maîtrise
du traumatisme et sa mise à distance en tant qu'oeuvre socialement
stimulante. En dessinant l'horreur qui m'est arrivée, en écrivant
la tragédie que j'ai dû subir, en la faisant jouer sur les
théâtres de la ville, je transforme une souffrance en un
bel événement, utile à la société.
J'ai métamorphosé l'horreur et désormais ce qui m'habite,
ce n'est plus la noirceur, c'est sa représentation sociale que
j'ai su rendre belle afin que les autres l'acceptent et en fassent leur
bonheur. [...]
La transformation de ma terrible
expérience sera utile à votre succès. Je ne suis
plus le pauvre petit qui gémit, je suis celui par qui le bonheur
arrive . »
Boris Cyrulnik,
Les
vilains petits canards, Editions Odile Jacob
« Une
alerte émotionnelle dans la journée entraîne la nuit
suivante une alerte onirique. »
Boris Cyrulnik,
Les
vilains petits canards, Editions Odile Jacob
« Le
talent suprême consiste à exposer son malheur avec humour.
Quand cette métamorphose de la représentation est possible,
l'événement douloureux aura subi le même cheminement
que dans le théâtre ou le dessin. »
Boris Cyrulnik,
Les
vilains petits canards, Editions Odile Jacob
« [...]
tous ceux qui ont eu à surmonter une grande épreuve décrivent
les mêmes facteurs de résilience. En tête, vient la
rencontre avec une personne signifiante. Parfois une seule a suffi [...]
[à]
donn[er] corps à la simple signification : "Il est possible
de s'en sortir." Tout ce qui a permis de renouer le lien social a
permis de remanier l'image que le blessé se faisait de lui-même. »
Boris Cyrulnik,
Les
vilains petits canards, Editions Odile Jacob
« Un
jour, sur un quai, un homme de taille moyenne tenait à la main
un sac très lourd. Cet homme, c'était moi, mais ce n'était
pas mon sac. C'était celui d'une femme. Je ne le connaissais pas.
Je suis monté avec elle dans le train. »
Christian Oster
Dans
le train (incipit)
2005
« Qu'elle
n'attendait pas, selon toute apparence. L'homme, élégant,
âgé, peut-être veuf, ai-je pensé, sûrement
veuf, ai-je décidé, grand, en costume, avec des chaussures
chères, est allé s'asseoir à mi-distance entre elle
et moi, occupant, en même temps qu'un troisième siège,
l'angle le plus aigu du triangle isocèle dont nous formions maintenant
les sommets. »
Christian
Oster
Dans le train
2005
« J'en
ai rencontré d'autres, des gens. Ca faisait une éternité
que je n'avais pas vu autant de monde. La composition socioprofessionnelle
de l'hôtel des Voyageurs s'est révélée variée.
Je crois même avoir dérangé un maçon, un type
qui portait sur la main qu'il m'a tendue en ouvrant, comme s'il guettait
mon arrivée depuis un moment, ce qui m'est apparu comme des
traces de plâtre. Un homme charmant, à l'invitation duquel
je n'ai pas répondu, en dépit de son insistance. Il s'ennuyait,
m'a-t-il dit, dans sa chambre et s'apprêtait à la quitter
pour prendre un verre. Il voulait que nous le prissions à l'intérieur,
ce verre, derrière cette porte qu'il s'apprêtait à
refermer, et je me suis inquiété. Je n'ai pas au l'audace
ni même le temps de lui demander pour quelle raison ses mains n'étaient
pas tout à fait nettes, et j'ai supposé qu'il s'était
dépêché de partir en week-end, seul comme un chien,
au sortir de son chantier, dans l'espoir qu'un séjour àl'hôtel
lui ferait définitivement perdre, peut-être à la faveur
d'un suicide, le goût de vivre qui à l'évidence avait
commencé de le quitter en même temps qu'une femme, supposai-je,
à seule fin de me rassurer sur le sens de sa proposition. »
Christian Oster
Dans
le train
2005

« Je
suis un anormal. On l'a dit, assez. Je l'ai senti. Les mouvements des
yeux qui passent à l'examen chaque parcelle de mon être me
l'apprennent : tel regard fixe le mien puis descend, là précisément
où se trouve la preuve qu'il recherche : "Il est handicapé".
Parcours des yeux, quête insistante du talon d'Achille, de la faiblesse.
Ce que la plupart des gens perçoivent, c'est l'étrangeté
des gestes, la lenteur des paroles, la démarche qui dérange.
Ce qui se cache derrière, ils le méconnaissent. Spasmes,
rictus, perte d'équilibre, ils se retranchent derrière un
jugement net et tranchant, sans appel : voici un débile. Difficile
de changer cette première impression, douloureux de s'y voir réduit
sans pouvoir s'expliquer. »
Alexandre Jollien
Le
métier d'homme
2007
« Je
cherche des noms [
] je fais un plan et de leur maison, leur ville
- si ville il y a - ou de leur campagne, et ça j'ai besoin
de savoir que telle porte s'ouvre en tournant à gauche ou en tournant
à droite, que devant la porte y'a la lumière qui vient de
tel côté etc. »
Simenon
Simenon maigrit
de 1,5 kg chaque fois qu'il termine un livre.
« Puis
je me dis : étant donnés ces gens-là, que peut-il
leur arriver qui les oblige à aller au bout d'eux-mêmes ? »
Simenon
 |
« On
peut entendre sa voix par deux circuits différents. Quand on
prononce un mot, il va de nos lèvres vers le pavillon de l'oreille,
c'est le circuit externe. Le circuit interne relie directement les
vibrations de notre larynx et notre propre oreille par la conduction
osseuse et parfois le canal de la trompre d'Eustache. »
D'où le fait que nous ne reconnaissons pas notre voix telle
que nous l'entendons quand nous parlons, et telle que nous l'entendons
quand elle est enregistrée au préalable, sur un support
analogique ou numérique.
Jean Abitbol, Robert Laffont |

La
voix, « caresse de l'âme ».
George Sand
PIECE
DE COEUR
1 -
Puis-je déposer mon cur à vos pieds.
2 - Si vous ne salissez pas le plancher.
1 - Mon cur est propre.
2 - C'est ce que nous verrons
1 - Je n'arrive pas à le sortir.
2 - Voulez-vous que je vous aide.
1 - Si ça ne vous ennuie pas.
2 - C'est un plaisir pour moi.
Moi non plus je n'arrive pas à le sortir.
1 - (pleurniche)
2 - Je m'en vais procéder à l'extraction
Sinon pourquoi aurais-je un canif.
Il n'y en a pas pour longtemps.
Travailler et ne pas désespérer.
Bon, eh bien le voilà. Mais
C'est une brique. Votre cur
C'est une brique
1 - Oui, mais il ne bat que pour vous.
Heiner
Müller
2005
"Si
quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche."
Méditation biblique sur l'éthique du Sermon sur la montagne.
"Si quelqu'une te bise sur la joue gauche, tends-lui aussi la droite
surtout si c'est Balthazar."
P.,
2005

L' « ethnologie
de la plage »
Jean-Didier Urbain, Sur
la plage - Moeurs et coutumes balnéaires, Essais Payot
« [E]ntre
grèves de rêve et enfers balnéaires, il semble bien
que l'agglutination humaine sur les plages, avec ses bruits et ses concentrations,
cache plus de choses que n'en révèlent ses critiques classiques,
à savoir un désir de rassemblement - avec ses règles,
ses rites et ses coutumes - que régissent des stratégies
complémentaires de proximité et de distance, d'agrégation
et de division, de mimétisme et de différenciation. »
« Philippe
Perrot note que "dans la promiscuité balnéaire les
mécanismes de distance corporelle et de régulation gestuelle
fonctionnent avec une rigueur toute puritaine" [in Le corps féminin]. En
effet, entre transparence et opacité, tout se met en place ici
à travers un jeu d'installation ambivalent, fait de conctact et
de séparation, d'exhibitionnisme et de pudeur, de palpation tolérée
de la chair par le regard et de protection vigilante d'une intimité
ou d'un corps offerts mais intouchables. Dans sa complexité et
ses contradictions constitutives, la société des hommes
nus émerge ici, héritière de la conquête hédoniste
du rivage, selon un mode de sociabilité qui fait penser à
ce paradoxe : celui du porc-épic en hiver.
Quand l'hiver est glacé, les porcs-épics tentent de se rapprocher
pour se procurer de la chaleur. Ils se piquent donc et ne peuvent ni tout
à fait vivre seuls ni tout à fait vivre en commun. »
« Lire ?
Très important la lecture - et très révélateur
aussi. Contrairement au touriste qui circule sans cesse et n'a pas le
temps de lire, sinon son guide, en marchant, en voiture, en train, en
avion ou le soir, dans sa chambre d'étape, le villégiateur
a le temps et lit parfois beaucoup. Il arrive même souvent sur la
plage avec des ouvrages qu'il a accumulés pendant l'année
pour les vacances comme d'autres font provision de confitures pour l'hier.
Généralement, ce sont des romans [« A
elles seules, la littérature et la lecture de vacances mériteraient
une analyse approfondie. »], c'est-à-dire
des univers fictionnels, imaginaires, dans lesquels, entre deux bains,
il se plonge de longues heures, se fermant au reste du monde comme en
une sorte d'apnée narrative. Ce faisant, il s'isole davantage encore
de l'extérieur.
L'actualité est nettement moins appréciée ou recherchée.
Elle est toujours une intrusion de l'histoire au Paradis, une souillure,
un pavé dans la mare ou le retour de la gravité dans un
monde en apesanteur. »
Jean-Didier Urbain, Sur
la plage - Moeurs et coutumes balnéaires, Essais Payot
Auteur de Les
vacances
Voir aussi : Le
tour du monde la plage
2006

« Quand
j'avais huit ans, je voulais être boulanger. Je voulais être
boulanger parce que je suis très frileux et je me disais là,
comme ça, je serai toujours sûr d'avoir chaud. Et puis je
me disais un boulanger ça ne travaille pas toute la journée
et par conséquent ça peut lire des livres. »
Albert Cohen
« Madame,
vous êtes verte. »
Antonin Artaud à une inconnue sur le boulevard du Montparnasse
« Je
me suis bien amusé. Au-revoir et merci. »
Romain Gary, qui s'est tiré une balle dans une tête
« Des
vérifications entreprises avec diligence ne tardèrent pas
à démontrer qu'en effet la plupart des tableaux de la collection
Raffke étaient faux, comme sont faux la plupart des détails
de ce récit fictif, conçu pour le seul plaisir, et le seul
frisson, du faire-semblant. »
Un cabinet d'amateur
Georges Perec
2006

« Je
suis votre petite grenouille aimante. »
Simone à Nelson
« Mon
crocodile bien-aimé »
Simone à Nelson

« La grille alvéolée de ce rasoir me rendait
euphorique comme un vieil alcool, et je me disais que vraiment les objets
valaient mieux que les gens.
Quand j'ai appuyé sur le bouton, il s'est mis à feuler,
et la barbe coupée à ras s'est vue aspirée au fur
et à mesure dans le réceptacle prévu à cet
effet. Lorsque l'opération serait terminée il me suffirait
de le vider dans le caniveau. Ma vie est faite de ces satisfactions prosaïques,
elle n'est pas plus ratée qu'une autre. »
Régis Jauffret
Asiles
de fous
2006

« J'écris
sur des bouts de papier en général, au dos des invitations
où je ne vais pas ou au dos des factures et puis
ou au dos
des chèques si je suis dehors. »
Robert Sabatier
« J'ai
écrit ce livre dans des sanglots de joie. »
Pierre Michon
Au sujet probablement de Vies minuscules
« Peaudouce,
le savon qui mousse sur vos frimousses. Si Peaudouce m'était offert,
j'y prendrais un plaisir extrême. »
Robert Desnos, mort en déportation
« J'm'embête
à la campagne, le cycle des saisons me déprime alors j'essaie
de trouver parfois des trucs pour un fond de dessin. »
Roland Topor
« Dos
: partie du corps de vos amis que vous avez le privilège de contempler
dans l'adversité. »
Sacha Guitry
« Si
j'en avais le pouvoir, j'interdirai la littérature enfantine et
je condamnerai les enfants à chercher leur butin dans la littérature
tout court. »
Marcel Aymé
« L'heure
du courrier aura eu dans ma vie une importance dont j'ai presque honte,
et c'est par le facteur que je prends souvent une nette perception de
mon existence. JE reçois des lettres avec mon nom sir l'enveloppe
DONC je suis. »
Jules Supervielle
« Le
souvenir de mon enfance est une boule dans la gorge, une boule qui m'étouffe. »
Henry Miller

L'angoisse,
« c'est une sorte de ventouse posée sur l'âme. »
Antonin
Artaud, L'Art
et la Mort, 1929
« Audrey,
la femme de Simon, avait disparu. Par amitié, je l'ai attendue avec
lui. Il est vrai que j'en avais assez d'attendre Clémence qui, ignorant
que je lui fixais des rendez-vous, puisque je ne l'en prévenais pas,
ne me laissait aucune chance de la revoir. »
Christian
Oster
Les rendez-vous (incipit)
2005
« Je
ne voulais néanmoins pas ressortir pour dîner à l'extérieur.
Seul chez moi aussi du reste. Mais, chez moi, il n'y a que moi pour le
savoir. Ca m'aide. »
Christian Oster
Les rendez-vous
2005
« Il
n'y avait que des enveloppes à fenêtre, dans la boîte.
Je ne connais pas grand-chose au monde de plus décevant que les
enveloppes à fenêtre. Peut-être la carte postale du
cousin dont on reconnaît immédiatement l'écriture
maladroite, parce qu'il tient à nous, le cousin, il tient à
nous qui ne sommes rien et il fait comme si on était quelqu'un
et alors c'est pire, il nous crucifie, le cousin, avec sa carte postale
de personne, juste le signe que nous aussi on n'est personne, et que personne
ne nous parle.
Par chance, il n'y avait pas de carte postale de cousin, ce soir-là.
Je pris donc les enveloppes à fenêtre, et sollicitai la centrale
à clef électronique, juste au-dessous des barrettes de l'interphone,
pour ouvrir la porte vitrée. Je notai au passage que je n'avais
pas encore apposé mon nom sur la barrette qui me concernait, et
où je continue à m'appeler Truong, même si c'est moi
qui habite là maintenant. Ca ne me gênait pas plus que ça,
d'ailleurs, ce nom d'un autre, si j'avais eu envie de sourire j'aurais
même dit que ça m'amusait, mais n'exagérons rien,
ça ne m'amusait pas, mettons que ça m'était égal. »
Christian Oster
Les rendez-vous
2005

« Je
ne demande ni prix ni argent mais je voudrais que Le grand Meaulnes
fût lu. »
Alain-Fournier
« J'ai
toujours désirer quelquechose qui touche, dans le sens de toucher
à l'épaule, qui arrête et qui évoque. »
Alain-Fournier
 |
« Tout
ce qui se passe entre les deux couvertures relève du possible
et du contingent. tout peut arriver à l'intérieur
d'un livre : les rêves les plus fous et les plus grandes
extravagances, mais attention, une fois que vous l'aurez fermé,
son pouvoir est perdu comme celui de la lampe d'Aladin. »
Michel Melot
Livre,
Lil
neuf éditions
2006
Et aussi... |
| « Le
fermoir avait, du temps des manuscrits sur parchemin, la fonction
de tenir plane des feuilles qui avaient tendance à onduler.
Mais la pratique du fermoir s'est poursuivie alors même que
cette fonction n'avait plus lieu d'être, notamment dans des
livres voués à l'usage intime comme les albums de photographies
aux lourdes pages cartonnées. Leur présence alors n'a
d'autre fonction que celle d'annoncer un trésor ou un secret.
Le fermoir joue le rôle du sceau qu'il faut briser pour ouvrir
le livre dont il garde l'entrée. » |
« "Le
livre est un morceau de silence dans les mains du lecteur. Celui qui
écrit se tait. Celui qui lit ne rompt pas le silence." »
Pascal Quignard, cité par Michel Melot |
« Le
livre-édifice
Le livre évoque aussi la maison : sa couverture, une fois
ouverte, devient pentue comme un toit sous lequel le lecteur s'abrite. »
|
| « Le
mur [de la ville] tient lieu de page et s'insère dans un autre
tissu aussi ordonné et stable que celui du cahier, celui de
la ville. » |
« L'enfer
des bibliophiles
[L'amour du livre] peut [...] pousser à des extrémités
comme ce bibliophile qui alla jusqu'à rechercher et détruire
le second exemplaire d'un livre dont il voulait être l'unique
détenteur. » |
|
« éclaboussues
de pensées. »
Michel Melot, au sujet des papiers de la boîte verte de Marcel
Duchamp
|
| « Duchamp
est peut-être le premier à avoir publié ses brouillons
commes des oeuvres achevées, reproduits en fac-similé,
quatre-vingt-quatre bouts de papiers jetés dans sa Boîte
verte éditée en trois cents exemplaires, en 1934.
Pour cela, il a redéchiré, avec l'aide d'un pochoir
(et, dit-on, de sa concierge), chacun des fragments, imprimés
sur les mêmes papiers patiemment retrouvés que l'original
Il inventa aussi le "kaléidoscope littéraire",
qui consiste à secouer des textes dans un bocal et, dérisoire
hommage à Mallarmé, le "hasard en conserve". » |
| « La
folie du livre fut exacerbée à la fin du siècle.
Bien des écrivains en furent atteints, jusqu'aux excentricités
de Des Esseintes, qui "résolut, en fin de compte, à
faire relier ses murs comme des livres, avec du maroquin, à
gros grains écrasés, avec de la peau du Cap, glacée
par de fortes plaques d'acier, sous une puissante presse." Le
héros de A rebours pouvait ainsi vivre dans la peau
d'un livre. » |
« Les
livres qu'on ne lit pas
"Je continue à faire semblant de ne pas être aveugle,
je continue à acheter des livres, à en remplir ma maison." »
Jorge Luis Borges, Le livre, cité par Michel Melot |
| « La
double nature spatio-temporelle du livre a suscité des formes
hybrides. Dans l'ordre de la durée, le calendrier ou l'agenda
sont des livres organisés dans le temps. [...] [T]ous les genres
où le temps peut être figuré par un espace ont
fleuri dans le livre : journal intime, mémoires, chroniques,
livres de raison... » |

« Je
ne gâcherai pas mes jours à tenter de prolonger ma vie. Je
veux brûler tout mon temps. »
Jack London
« J'écris
pour faire plaisir à beaucoup et en emmerder quelques-uns. »
Jacques Prévert
« Je
m'appelle Gavarine, et je voudrais dire quelquechose.
Un soir que je rentrais chez moi, je me suis arrêté devant
la porte. Au vrai, ce n'était pas exactement ma porte. Vitrée,
elle se contentait de fermer le couloir de mon immeuble. [...]
Je mettais rarement mes clés dans une poche. Je les rangeais plutôt
dans ma serviette. Mais j'avais, quelque part, oublié ma serviette.
Or, jusque-là, je n'avais jamais égaré ma serviette.
C'est ce qui m'avait arrêté, devant ma porte. [...]
En la circonstance, je préfère être franc. Sans ma
serviette, je n'étais rien. Je me sentais nu. Par exemple, sans
elle, je ne sortais pas. Même pour descendre chercher du pain, fût-ce
du pain, je la prenais avec moi. Je glissais le pain à l'intérieur,
obliquement, le croûton en proue, dépassant de l'ouverture
que ménageait, sur ce modèle, le rabat en position cliquée.
Je possédais en effet jusqu'alors une serviette à clic.
C'avait été mon choix le jour où je l'avais achetée,
je n'en avais pas voulu d'autre. Et, depuis, je m'étais habitué
à ce clic, je n'imaginais même plus de serviette, en général,
autrement qu'à clic. »
Christian Oster
Mon
grand appartement (incipit)
2005
« Des
gens entraient dans le café, j'avais attendu de les voir sortir.
Le prochain qui sort, m'étais-je dit, je sors aussi. Mais, quand
le prochain était sorti, moi, Gavarine, j'étais resté.
J'avais attendu le prochain. Et ainsi de suite. Je n'arrivais pas à
quitter le café. J'étais finalement sorti quand quelqu'un
était entré. »
Christian Oster
Mon grand appartement
2005
« J'étais
content d'avoir sauté un repas. C'est un début, me dis-je.Le
début de quoi ? De la faim, plaisantai-je. Sérieusement,
je me voyais bien en ascète. Mais je n'avais pas faim. »
Christian Oster
Mon
grand appartement
2005
« Ce
qui arrive une fois arrive toujours. »
Cesare Pavese
« La
chose la plus secrètement et le plus atrocement redoutée
arrive toujours. »
Cesare Pavese
« Et
pourtant mon seul désir, mon unique but et mon vu le plus
cher est de disparaître. »
Raymond Queneau

« La
timidité< |