Entre 1939 et 1945, trois prisonniers allemands se succédèrent dans la ferme d'une famille française : un Polonais, Nicola, et deux Allemands : Otto et Jakob. Ils dormaient dans la chambre des commis et mangeaient avec la famille. On s'adressait à la Préfecture, via la mairie, afin d'embaucher un prisonnier comme aide à la ferme.
P. se souvient de cette époque, et de ces trois hommes. Nicola avait installé les photos de sa famille dans sa chambre. "Je revois Otto" dit-elle : il

Quant à Jakob (photo ci-contre), il retrouva la famille auprès de laquelle il avait passé plusieurs années. Des lettres furent échangées (courriers ci-dessous).

"Ils étaient comme nous, de la famille." témoigne P., qui n'était alors qu'une adolescente. "On les aimait bien ces prisonniers, c'était des hommes comme nous."

 

(survolez l’angle inférieur droit des lettres et cliquez sur le carré pour agrandir chacune des lettres)

 

UN PEU D'HISTOIRE

En 1945, la France est ruinée par la guerre et manque de bras. Il faut tout reconstruire et c'est pourquoi la main d'œuvre constituée par les prisonniers allemands est la bienvenue. La France demande aux Américains – qui fournissent les prisonniers – 1 750 000 hommes. Mais ses exigences sont ensuites revues à la baisse : en 1945, ce sont 750 000 prisonniers qui sont conduits en France.
Dans un pays où domine encore le marché noir et la pénurie le sort des prisonniers allemands n'est pas toujours enviable : les populations civiles elles-mêmes souffrent de la pénurie, alors les prisonniers... Nourriture insuffisante, conditions de vie difficiles, hygiène déplorable sont souvent à signaler dans les 116 camps répartis sur le territoire français. De fait, on estime à 23 000 le nombre de prisonniers allemands morts en France entre 1945 et 1948.
Ces prisonniers étaient employés dans les travaux de reconstruction, dans les mines, les industries, ainsi que dans les travaux agricoles. Ils servirent aussi aux travaux de déminage : 30 000 hommes servirent comme prospecteurs ; 1 000 d'entre eux trouvèrent la mort dans cette tâche.
Les conditions de vie des prisonniers allemands sont variables. Ils sont mieux traités à la campagne qu'en ville. C'est aussi en milieu rural qu'ils vivent mieux que dans les grands chantiers.