SALON DE LECTURE

SUR LA LIGNE DE BUS PC1

 

Samedi 3 mars 2001, fin de matinée


Le conducteur du PC1 mâche un chewing-gum. Il ressemble à n’importe quel autre machiniste. Mais tout bascule lorsqu’il prend soudain le micro...

« Mesdames et Messieurs, votre attention s’il vous plaît. Je ne vous l’ai peut-être pas dit mais vous pouvez parler entre vous, pendant le trajet, même si vous ne vous connaissez pas, c’est un peu comme dialoguer à l’autre bout du monde via Internet ». Le décor sonore du transport en bus de ce matin est en effet monotone : seuls les lents démarrages, vibrants changements de vitesses et petits ralentissements animent ce voyage.

Plus loin, notre chauffeur annonce que nous n’aurons pas le temps de marquer l’arrêt à Porte d’Auteuil, il faudra donc sauter en route. Inquiété par cette nouvelle, un usager peu sportif s’enquiert de la véracité de ce défi athlétique auprès du machiniste.

Nous rejoignons à présent la gare routière de la Porte de Saint-Cloud : « Je vous abandonne », lâche notre machiniste. Il est à cours de titres de transport et dispose d’une minute cinquante-sept pour filer se ravitailler. Tel le patriarche s’adressant à sa descendance, ou le moniteur aux petits membres de la colonie de vacances dont il a la charge, notre conducteur nous recommande de ne pas bouger. Une femme d’un certain âge se déplace pourtant dans l’allée du bus, probablement en quête d’une place assise. Quel forfait n’a-t-elle pas commis ! Aussi se fait-elle réprimander : « Madame, on bouge plus j’ai dit ! »

Notre bienveillant protecteur nous abandonne effectivement et s’élance dans le but de reconstituer une réserve de petits billets turquoises. A son retour, il nous fait part du résultat chronométré de sa quête : une minute vingt-huit. Nous bénéficions désormais de deux minutes d’avance sur les horaires de desserte des différents arrêts de la ligne. Le machiniste prend alors le pouls de ses protégés : on attend ou on y va ? « On part ! » fait alors une voix aigrelette. Plus que jamais respectueux de la volonté de ses aînés, le bus poursuit son chemin, en route vers de nouvelles aventures…