Mars
2006 (vendredi) - Mars 2006 (samedi)
Aujourd'hui samedi, nous passons la journée
dans un foyer de jeunes travailleurs, sis
dans un « quartier d'habitat social ».

Nous arrivons en avance ; nous nous rendons dans le café
d'en face.
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(sur
l'affichette ci-dessus, le mot dissimulé à deux reprises
par les bambous est : « fâché. »)
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« Bacchus »
perche dans le hall du foyer. Puis il décide d'offrir
à sa perche la compagnie d'une plante verte :
« On
s'croirait au Viet-Nam » dixit.
La
bande s'achève à 13'51 et comme pour toutes
les autres, il faut lui trouver un nom ; « Bacchus »
propose : « bande n'importe quoi n°1 »...
(en même temps, c'est vrai, il y a un peu n'importe
quoi, sur cette bande)
J'assiste ensuite en direct à la création mentale
par « Bacchus » d'un « déambulateur
sonore ».
Très
inspiré, « Bacchus » détaille
les possibilités offertes par le panneau d'affichage
mobile, placé dans le hall, qu'il entend transformer
en « déambulateur sonore » :
les crochets permettent de maintenir la perche en hauteur
(cf. détail photo ci-dessous) ; quant au casier
fixé sur la grille, il semble avoir été
conçu dans le but de contenir les brochures radiophoniques.
Éblouie par l'inventivité de « Bacchus »,
je prends scrupuleusement en note toutes ces indications afin
de déposer, un de ces jours, le brevet du
« déambulateur sonore »...
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Satisfait
de son invention, « Bacchus » annonce :
« J'vais faire une déambulation ».
Je le surveille à distance car il ne doit pas rater l'essorage
de la machine qui tourne en ce moment dans la laverie attenante.
On avait déjà plus ou moins enregistré
un essorage à 3'40 mais il n'était pas top (l'essorage,
pas « Bacchus », quoique...).
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À
8' la machine ralentit. Reste 1' de lavage avant l'essorage. B...
me questionne : « Comment sais-tu qu'il reste une
minute avant l'arrêt de la machine ? » Réponse :
parce que c'est écrit sur le petit écran de la machine.
Voilà au moins un bénéfice tiré de ma
fréquentation assidue des laveries : former B... au fonctionnement
des machines à laver. Pour
en savoir plus sur les machines à laver et sur les laveries.
Plus tard, je narre à notre « fabuliste »
l'invention de « Bacchus ». Il serait plus judicieux
pour lui de se fabriquer un déambulateur à usage personnel,
glisse-t-elle. « Bacchus », songeant que cela
n'est peut-être pas tout à fait une mauvaise idée,
de commenter : « J'vais peut-être le voler... »

B...
et moi retournons à la radio chercher des cartes Flash (je
tairai le pourquoi du comment...).
Dès notre retour au foyer de jeunes travailleurs, j'apprends
par M... et notre « fabuliste » que j'ai raté
une belle occasion de faire une photo de charme : dans la laverie,
un homme, visible de dos, s'est mis à repasser... Scène
exquise en diable, me rapporte-t-on.
Afin de donner à « Bacchus » une nouvelle
chance de réussir son tatoo de Malabar, je sors de mes affaires
un "bubble-gum" et le lui donne. À vous de juger
du résultat (survolez l'image avec le mulot):
En
quelle occasion notre « fabuliste » a-t-elle
posé cette question à « Bacchus » :
« c'est quoi cet air triomphant et
benêt ? ». Je ne m'en souviens plus mais il
y avait nécessairement une excellente raison. Était-ce
parce que le collage du tatoo de Malabar avait cette fois-ci réussi ?...
L'équipe
se divise en deux : M..., notre « fabuliste »
et « Bacchus » prennent la voiture. B..., S...
et moi empruntons le bus 153, dont nous tournons l'ambiance. Au désespoir
de B..., le bus est en très bon état et les portes ne
font de bruit ni à leur ouverture, ni à leur fermeture...
Il y a cependant la radio (Placebo, Tryo) et une voix féminine
pour annoncer les arrêts desservis par le bus.
Nous déjeunons ensuite dans le même restaurant qu'hier.
Le chef
est Arméno-Kurde et son épouse, Grecque.
L'un
d'entre nous entreprend d'analyser et de classifier le décor
dans lequel nous sommes installés : une « déco
ringard-rustique » dit-on. Quoi qu'il en soit, les mets
sont excellents. Jugez-en en survolant les photos avec votre mulot.
Je vous transmettrai l'adresse de ce lieu de délectation
sur
simple demande.
Voilà plusieurs lignes que je n'ai pas évoqué
« Bacchus ». Cela ne pouvait durer... Vous apercevez
ci-dessous ses mains, son assiette et... son téléphone
portable. Il se passe quelquechose, mais quoi exactement ? « Bacchus »
mange, mais pas seulement...
Explications :
dans un premier temps, « Bacchus » a filmé
son plat avec son appareil téléphonique : « Je
mangerai quand ce sera froid. » Dans un second temps, « Bacchus »
s'est mis à manger, tout en lorgnant consciencieusement la
vidéo enclenchée en mode "lecture" sur l'écran
de son téléphone portable : « Je regarde
mon plat pendant que je mange. » En voilà une idée...
Dans ce restaurant turc, il y a une horloge grecque qui sonne les
heures et les demi-heures. Entre hier et aujourd'hui, nous avons raté
à plusieurs reprises ce son récurrent. En bon professionnel
du son, B... prépare maintenant le Nagra et la perche avant
que ne se présente pour nous la dernière chance de tourner
les notes produites par cette horloge.
En
cet instant au comble de la solennité, « Bacchus »
et moi dégainons nos appareils en choeur et photographions
la scène. L'équipe nous nomme « les duettistes ».
Au dessert, « Bacchus » se risque à goûter
le petit carré de mousse comestible ci-dessous :
S'encourageant
d'un « on
y croit, on est confiant », « Bacchus »
tente de décoller de l'assiette le petit carré de mousse
comestible. Il y met son coeur, tout son coeur, et sa force, toute
sa force... et au bout d'une lutte acharnée avec le petit carré
de mousse comestible, « Bacchus » remporte le
combat ! « Bacchus » peut désormais
savourer sa victoire.
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Pendant
le trajet qui nous ramène au foyer, j'aperçois
le Stade de France, déjà remarqué
ce
matin depuis le périphérique.
Ce paysage me rappelle l'excellent documentaire de Richard Copans
consacré au périphérique, dans lequel
il inventoriait l'ensemble des oeuvres architecturales visibles
depuis ce long boulevard de ceinture.
Sur
le périph
La
ceinture de Paris
« Le film Paris Périph présente
les désagréments et attraits du périphérique.
Ce boulevard qui tourne sur lui-même et engendre des
nuisances fut dabord entièrement dédié
à lautomobile et à léconomie,
mais le film tente de nous en faire saisir les attraits et
les potentiels pour lavenir, en nous donnant à
voir les éléments qui le jalonnent : ponts,
passerelles, souterrains, nombreux bâtiments dimportance.
Il démontre que le périphérique comme
barrière sest peu à peu transformé
en espace de liaison avec la banlieue, et en lieu de création.
Cet argument est soutenu dune part par des rencontres
avec des acteurs du périphérique qui le présentent
sous un jour inhabituel (architecte, conducteur, photographe,
« habitant »), et dautre part par un commentaire
chanté qui raconte la genèse dune idée,
ainsi que par une musique créée à partir
des sons du périphérique, nous incitant à
regarder la ville moderne autrement que comme une erreur irréversible
et sans espoir dévolution. »
Richard Copans
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« Lautoroute
est ou pourrait être une uvre dart.
La vue depuis la voie peut être un jeu dramatique despace
et de mouvement, de lumière et de texture, embrassant
une échelle nouvelle. Ces longues séquences pourraient
rendre intelligibles nos grands territoires métropolitains
: le conducteur verrait comment la ville est organisée,
ce quelle symbolise, comment les habitants lutilisent
et quel est son propre rapport avec elle. De notre point de
vue, lautoroute est la grande opportunité négligée
dans le projet urbain. »
Kevin LYNCH, Donald APPLEYARD, John R. MYER
The View from the Road, MIT Press (Cambridge), 1964 |
« Sil
est unique dans son histoire et les modalités de son
implantation au plus près du centre historique, le boulevard
périphérique nen appartient pas moins à
une génération des voies rapides taillées
depuis quarante ans à travers toutes les métropoles
des pays développés (...). Cependant, contrairement
à la plupart des autoroutes urbaines, il a été
implanté sur une emprise dont la fonction de «
joint » urbain était déjà ancienne
la zone. Cadré dans les réflexions de la
planification à léchelle de lagglomération,
et donc investi non plus seulement par une problématique
de l extension, mais bien désormais par une problématique
de la recomposition, lanneau de la ceinture prend une
place déterminante dans des stratégies visant
explicitement à la maîtrise des discontinuités,
des nouveaux seuils du grand Paris. [...] (Le périphérique)
est en effet devenu une des structures directrices dun
paysage urbain dont les rythmes de transformation sont dautant
plus rapides que lanneau de la zone constitue avec les
grandes emprises ferroviaires ou industrielles une des principales
réserves foncières parisiennes [...]. Plusieurs
attitudes peuvent être lues dans la disposition générale
des bâtiments bordant la voie, du mépris souverain
à la mise en scène reléguant le boulevard
à un élément second dans la stratégie
formelle de larchitecte. [...] »
Jean-Louis COHEN
Des fortifs au périf : les seuils de la ville,
Paris, Picard, 1992
Source :
SCÉREN-CNDP
« Le
périphérique, on y roule, on ny vit pas.
Cest pourtant de cet endroit privilégié
que je veux regarder la ville. Cest un paradoxe : ceux
qui lempruntent (ils sont plus dun million chaque
jour) le parcourent justement pour éviter la ville.
2eme paradoxe : ceux qui lévitent, pratiquent la
ville.
La contradiction nest quapparente. Le périph
cest la ville, cest même un concentré
de ville, la ville moderne, celle de la voiture.
"Le périphérique, cest la plus belle
avenue de Paris", cest larchitecte Dominique
Perrault qui mavait déclaré cela :
230 000 véhicules par jour, la plus forte densité
automobile dEurope, 35,5 km de long, à mi-chemin
entre autoroute et boulevard. Comme le disent en souriant les
responsables de la voirie « cest juste un chemin
vicinal », un chemin vicinal qui dessine la frontière
de la ville.
Raconter le périphérique cest dabord
raconter l'histoire de lenceinte militaire construite
sur linitiative de Thiers en 1840, cette enceinte de 400 m
de large qui fait le tour de Paris. Cest raconter les
fortifs et la zone, les HBM de 1924 et les HLM Lafay de 1953.
Enfin la construction du « périph » entre
1959 et 1973.
Cest raconter ce no mans land qui va désormais
séparer Paris de sa banlieue.
Il était fait pour la guerre ; cest devenu un lieu
de promenade, une ceinture de logements sociaux et enfin une
voie majeure de circulation.
Une frontière, une limite, une enceinte, le dessin dune
ville finie.
Cest raconter la vie de cette infrastructure, ceux qui
la surveillent, lentretiennent. Cest son réseau
de capteurs et décrans dinformation.
Cest un outil en état de marche permanent, un outil
dont on mesure les performances en temps et en densité.
On ne parle plus de kilomètres. On fait du porte à
porte.
Cest aussi raconter cette ville qui sinvente dans
le voisinage immédiat du périphérique.Une
ville dont la perception est possible à partir de voitures
qui filent à 80 km/h, une ville de grands volumes, des
monuments involontaires qui déclinent les protections
aux bruits ou aux vues.
Quest ce qui reste de la ville quand on ne peut que rouler
?
Cest un film qui raconte comment Paris pourrait se raccommoder
avec sa banlieue.
Une réflexion sur lurbanité, sur le tissage
surprenant de la grande infrastructure et des quartiers qui
le bordent.
La ville moderne nest pas une malédiction. »
Richard COPANS, Février
2004
Réalisateur
du film Paris Périph,
un documentaire
coproduit par Arte France, Les Films dIci et le Forum
des Images
54 min
Source : Arte
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Retour à
notre foyer de jeunes travailleurs.
« Je
pars en goguette avec les deux belettes » dixit « Bacchus ».To
the happy few...
Notre « fabuliste », « Bacchus »
et moi partons donc... « en goguette » faire
des ambiances dans les couloirs du foyer.
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Ci-dessous,
le sac plastique (estampillé Salon du Livre
2006) dans lequel est rassemblé tout mon matériel
d'assistante. Je le promène partout avec moi pendant ces
deux jours d'enregistrement, conscience professionnelle oblige...
« Bacchus » se moque et l'appelle mon « mobile-home ».
Pour
entrer et sortir du foyer, il y a un SAS. Ce SAS est doté d'un
système d'ouverture de portes assez particulier... système
auquel butent systématiquement M..., S... ou notre « fabuliste ».
« Bacchus »
tourne gentiment en ridicule chacun des passages de l'équipe
par le SAS, persuadé que M..., S... et/ou notre « fabuliste »
se débattront avec une porte close.
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En voix-off (c'est
« Bacchus » qui parle, bien
entendu) :
« On y croit, on est confiant... »
« En direct du sanatorium, une personne
âgée tente de sortir ! »
|
***
Dans l'après-midi, un gros poisson mijote. Une belle ambiance
en boîte.
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Durant l'heure
postprandiale, tandis que M..., S... et B... sont partis faire des
ambiances extérieures, nous (« Bacchus »,
notre « fabuliste » et moi-même) cherchons
des ambiances à capter dans le foyer de jeunes travailleurs.
Revenus au rez-de-chaussée, une vague mollesse nous saisit
en raison du calme presque plat qui règne dans la salle de
repos. Seuls des livres sagement rangés sur des étagères
confèrent au lieu un semblant de vie. « Bacchus »,
qui tourne ce calme ambiant, laisse un message à la postérité
sur le ton de sa nonchalance coutumière : « M...,
si t'écoutes cette bande, on est au top, là... »
(à l'attention de M..., qui écoutera cette bande analogique
dans trois jours, à la radio)
Quelques loufoqueries de « Bacchus », pour
la route (survolez les images avec le mulot)...
Une pause en attendant
l'arrivée d'un Flaubert...
Et c'est ainsi que s'achève la partie (montrable) des coulisses
du tournages en extérieur du feuilleton radiophonique

Rendez-vous en septembre 2006 pour la diffusion...
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