BRIC-À-BRAC



Friches et délaissés urbains

 

Le sujet de ces pages m'a été inspiré par la lecture de l'Atlas de la nature à Paris.
Publié en 2006 aux éditions Le Passage, sous la direction de Jean-Baptiste Vaquin (directeur de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR, l’agence d’urbanisme de Paris), Jacques Moret et Jean-Pierre Le Dantec

Grillons dans le métro, faucons à Notre-Dame, renards dans les bois de Vincennes et de Boulogne, orchidées sauvages dans les friches, fabriques de vin ou de miel… L'ouvrage présente d'abord les principaux territoires parisiens recelant les biodiversités les plus riches : la Seine et ses berges (dont l'île aux cygnes), les cimetières parisiens, les bois et la Petite Ceinture. Il est ensuite question de différents types d'espaces naturels : les talus du périphérique ou bien les berges de la Seine, les espaces délaissés et les parcs et les jardins.

La Ville de Paris a initié cet atlas dans le cadre de la mise en place du Plan Local d’Urbanisme. Paris est la première capitale à avoir effectué un diagnostic de sa biodiversité.

Entrons dans le vif du sujet

« Avec l'accostage des péniches, le passage d'engins de chantier et de camions de transport, une flore spécifique, souvent apparentée aux flores des zones de friches, se développe. » On peut d'ailleurs dresser une typologie de la végétation de friche urbaine.

La Petite Ceinture suit le contour de la capitale.
Cette ligne de chemin de fer de 34 km a été construite entre 1852 et 1869. Elle permettait le transport de marchandises et de voyageurs, et cela jusqu'en 1934. A cette époque, on remplaça le trafic voyageur par trois lignes de bus, réunis sous le nom de PC (PC1, PC2 et PC3) et circulant sur les boulevards des Maréchaux. Le tronçon compris entre le Pont Cardinet et la Porte d'Auteuil fonctionna jusqu'en 1985. Il fut ensuite en partie raccordé à la ligne du RER C. Depuis la fin de l'année 2006, une portion de ligne du PC1 (celle qui suivait les boulevards des Maréchaux) fut remplacée par le tramway T3.

« Étrange fortune des mots : plus personne ou presque ne parle aujourd'hui de terrains vagues, et là même où la notion de friche urbaine semblait devoir s'imposer, c'est le participe passé substantivé délaissé qui finalement semble prendre le dessus : un délaissé, des délaissés, chacun s'y retrouve, désormais chaque ville a ses délaissés comme elle a ses monuments ou ses quartiers, mais qu'est-ce à dire vraiment et qu'en est-il du délaissement ou de l'abandon, qu'est-ce qui est en jeu avec le vocable, a-t-il quelque chose à cacher, ou à révéler ? Les délaissé(e)s, cela pourrait sonner tout d'abord comme un titre de mélodrame, et dans ce cas, plutôt que des lieux ce seraient des êtres qui seraient désignés, des êtres à l'abandon, dont nul ne se soucierait plus. Le délaissement serait ainsi un état, la position de quelqu'un qu'on oublie, dont les liens sont rompus et avec qui plus personne ne vient en créer de nouveaux. Mais sur un autre plan, moins substantivé peut-être, le mot a une tout autre résonance, presque juridique, par laquelle il ne désigne plus guère qu'un type de lieu, les lieux abandonnés justement, et là sa vibration est ténue - plus faible en tout cas que celle de terrain vague, facilement poétique, ou de friche, qu iest plus générique. Toujours est-il qu'entre ce statut assez neutre et la petite pointe mélodramatique dont il se souvient peut-être, le mot oscille. »


Petite ceinture à la Porte d'Auteuil (16e)
- Travaux de démolition entamés en 2009 -



Petite ceinture dans le quartier de Choisy (13
e)


Visitez la petite ceinture sur le net !

Le long des voies ferrées

Les voies de la petite Ceinture, fermée depuis 1934, ont été laissées à l'abandon pendant des décennies ; la nature a repris ses droits entre les traverses - quand elles sont restées en place ! Et boulevard de Monromency, les rails désaffectés des anciennes gares de la capitale revivent. Les gares, voies ferrées et terrains appartenant à la SNCF dans Paris :
- La Flèche d'or est l'ancienne gare de Charonne.
- Les jardins d'Eole de 4,2 ha le long des vois ferrées des XVIII et XIXe arrondissements ont été créés sur une ancienne friche SNCF.
- Les anciens terrains Cardinet de la SNCF prévus pour accueillir le village olympique de 2012 deviennent le parc des saisons de la ville.
- Sur la promenade plantée (ou coulée verte), à Bastille, a circulé pendant un siècle le train Paris-Strasbourg. Cette promenade a été inaugurée en 1989. De nombreux artisans sont installés sous ses voûtes.
- La Gare, salle située dans l'ancienne gare de Passy-La Muette, est située sur la petite Ceinture, 19 chaussée de la Muette.
- Le Wagon Bleu, restaurant mythique en bordure des voies ferrées de Saint-Lazare, est un véritable wagon de l'Orient–Express).
- Le Jardin Atlantique a été créé sur la dalle couvrant les voies SNCF du XVe (accès par la gare Montparnasse).

Sous terre Les délaissés existent aussi en sous-sol : le réseau métropolitain de Paris compte sept stations fantômes :
- Porte Molitor et Haxo (Le-Pré-St-Gervais) n'ont jamais ouvert ;
- Croix-Rouge (rue de Rennes) et Arsenal ont été fermées après la seconde guerre soit parce qu'elles n'étaient plus rentables, soit parce qu'elles étaient trop proches de stations voisines ;
- la station des Lilas sert de plateau de cinéma ;
- celle de St-Martin de refuge aux SDF.

Sur les entrailles du métro parisien, voyez aussi ce reportage.

Encore une histoire de gare et de zones délaissées :

Gare d'Évangile

La gare d'Évangile, derrière les entrepôts Calberson porte d'Aubervilliers (où sont stockés les archives radio de l'INA pendant les travaux de la maison ronde), offre un autre exemple de friche ferroviaire, avec ses voies envahies par la végétation. Elle est ainsi nommée en raison de sa situation à proximité de la rue de l'Évangile, et anciennement nommée Gare de la chapelle. C'était une une petite gare de triage située sur la ligne de la Petite Ceinture dans le Nord-Est parisien.
Selon le Contrat de plan État-Région 2000-2006, cette gare doit réouvrir et être transformée afin de créer une gare sur la ligne du RER E (ouverture prévue à l'horizon 2010-2011). Elle a pour but de desservir le quartier de la rue du même nom, pour l'instant à l'écart, et permettra à terme la correspondance avec le tramway des maréchaux Nord et le Tram'y.
Source : Wikipédia

Sur le boulevard Mac Donald, justement, de l'autre côté des entrepôts...

...la construction de la ZAC Claude Bernard, un nouveau quartier de Paris Nord-Est


Les fausses friches


L'île aux Cygnes est une petite île artificielle de 850 mètres de longueur et 11 mètres de largeur.
Superficie : 9 350m²
Date de création : 1825
Les peupliers, les saules et les frênes apprécient particulièrement la proximité du fleuve. Vous pouvez aussi observer ses érables, ses marronniers, ses cédrelas, ses noyers et ses tilleuls.
Si vous arrivez par son versant Sud-Ouest, vous verrez une modeste réplique en bronze de la statue de la Liberté de 16 mètres de haut qui surgit du viaduc de Passy, lequel interrompt le parcours de cette promenade. Elle a été réalisée par Frédéric Auguste Bartholdi (1834-1904), et fut offerte par le Comité de la colonie parisienne des Etats-Unis en remerciement de celle qui avait été donnée par la France à la ville de New-York. La réalisation du viaduc a été confiée à Jean-Camille Formigé, qui a dessiné ici d’élégants cannelés en fonte. De ses hauteurs, on aperçoit à l’horizon la colline de Meudon.
L’allée des Cygnes permet de relier le pont de Grenelle au pont Bir-Hakeim. Créée en 1825, elle a pris le nom d’une autre île, qui se trouvait autrefois entre la Seine et la rue de l’Université, avant que le bras gauche de la Seine ne soit comblé et rattaché au continent parisien. Elle a été engloutie par le Champ-de-Mars. Les cygnes, qui ont donné son nom à l’île, étaient une fantaisie coûteuse du roi Louis XIV, qui les avait fait venir en 1676 du Danemark et de Suède pour pouvoir les y admirer.
Source : Mairie de Paris

Pourquoi évoquer l'île aux cygnes sous le titre de « 
fausses friches » ? A la fin de l'été 2007, l'île semblait laissée complètement à l'abandon par les paysagistes de la Ville de Paris. Je m'en suis inquiétée et ai obtenu la réponse reproduite au bas de cette page.

 


«  À la station Bir-Hakeim, je me suis demandé si elle allait prendre le métro ou alors si elle voulait encore marcher et traverser la Seine. Au-dessus de nous, à intervalles réguliers, le fracas des rames. Nous nous sommes engagés sur le pont. […]
Nous marchions de nouveau. Nous étions arrivés au milieu du pont, à la hauteur de l'escalier qui mène à l'allée des Cygnes. Elle s'est engagée dans l'escalier et je l'ai suivie. Elle descendait les marches d'un pas assuré, comme si elle allait à un rendez-vous. Et elle me parlait de plus en plus vite.
[...]
En bas, nous suivions l'allée des Cygnes. De chaque côté, la Seine et les lumières des quais. Moi, j'avais l'impression d'être sur le pont-promenade d'un bateau échoué en pleine nuit. »

Dans le café de la jeunesse perdue, Patrick Modiano



Réponse de la Mairie de Paris :
« Concernant la zone de l'allée aux cygnes 75015 qui semble non entretenue, du fait de la présence d'herbe en quantité abondante, je vous précise les éléments suivants :

cet espace fait partie d'une zone volontairement enherbée, pour laquelle il existe à proximité un panneau d'explication résumant la volonté municipale de développer ce genre d'espaces. Toutefois, le temps particulièrement pluvieux de cet été a favorisé un développement très abondant des herbes et c'est la raison pour laquelle, il est prévu courant de la semaine du 17 au 21 septembre, une fauche permettant ainsi d'égaliser celles qui sépassent d'une certaine hauteur.  »



Parallèlement au cas de l'île aux cygnes, on voit proliférer dans la capitale des petits coins d'espace vert là où auparavant on faisait la chasse à l'herbe folle :



Les sites protégés

75% du territoire parisien appartiennent au répertoire des sites inscrits donc protégés. Les onze premiers arrondissements sont totalement protégés ainsi que les XVIe et XVIIe ; les sept aurtes le sont partiellement. Cette mesure concerne quelque 5 000 lieux (impasses, façades, escaliers...) et rend impossible toute démolition totale. Les bâtiments de moins de trente ans d'existence n'ont pas été retenus, ni les édifices dont les architectes sont vivants.

Javel


Le parc Citroën, rue Balard, a a remplacé les anciennes usines automobiles de Citroën parties en 1970 pour la banlieue. La moitié du terrain a été construite de logements et de bureaux. Le parc, s'étendant sur l'autre moitié, a fait l'objet d'un concours en 1984 (l'aménagement a été achevé en 1993). Il s'agit en fait de trois jardins : aménagés au milieu des nouveaux immeubles, les deux plus petits, le "jardin blanc" et le "jardin noir" (entre la rue Saint-Charles et la rue Leblanc), sont reliés au jardin principal. Conçu par le paysagiste Gilles Clément, le grand jardin s'organise dans une rigueur néo-classique autour de la grande pelouse centrale carrée. Bordant la pelouse au nord, les six "jardins sériels" séparés par une cascade sont consacrés chacun à une couleur-métal : or, argent, vert, rouge... Au bout, le "jardin en mouvement" évolue "naturellement" : c'est une sorte de prairie d'aspect sauvage semée de fleurs des champs et de graminées. Au sud, le canal est ponctué de cascades et de nymphées, ces grottes d'où l'on voit les chutes d'eau (inspiré des divinités mythologiques, leur nom provient des jardins Renaissance). Depuis 1996, la construction d'un viaduc sous les rails de la SNCF a ouvert le jardin sur la Seine (coût : 2 600 francs le mètres-carré).
Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007 : le parc Citroën, 1993


Vocable


Gilles Clément
ou : espaces verts standardisés versus jardins en mouvement (tels ceux du parc Citroën)

adventice
espèce végétale indésirable présente dans la culture d'une autre espèce


herbes folles, mauvaises herbes
fou, fol
qui survient du dehors, qui est provoqué par une cause extérieure
qui vient des sens, en parlant d'une idée
se dit d'une plante qui pousse sans avoir été semée

Lien

Le blog Fricheries, qui réunit des photos de sites en friche.