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A l'hiver 1993, au coeur des Alpes, j'ai fait une rencontre peu
commune.
C'est par hasard que, le temps d'une halte devant le tunnel du Mont-Blanc,
j'ai fait la connaissance - très brièvement - d'un
francilien sur la route pour une une longue expédition. Cet
homme, Alain (à gauche sur la photo), a participé
à un convoi humanitaire en ex-Yougoslavie.
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Première
Urgence est née en 1992, pendant la guerre en ex-Yougoslavie,
dans le but d'organiser un convoi de ravitaillement pour les populations
assiégées. L'ampleur des dons reçus amène
les initiateurs de ce projet à créer provisoirement
une association.
Composée
de bénévoles et exclusivement tournée vers
l'urgence, cette association est appelée Première
Urgence.
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Consultez
le site de Première
Urgence, organisation non gouvernementale de solidarité
internationale à but non lucratif et qui n'est guidée
ou subordonnée à aucune considération de
nature politique ou religieuse. Première Urgence est
née en 1992, pendant la guerre en ex-Yougoslavie, dans
le but d'organiser un convoi de ravitaillement pour les populations
assiégées. L'ampleur des dons reçus amène
les initiateurs de ce projet à créer provisoirement
une association. Composée de bénévoles
et exclusivement tournée vers l'urgence, cette association
est appelée Première Urgence. Les photos de ma
rencontre avec Alain correspondent à la toute
première aventure de Première Urgence. |
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Afin
de mieux cerner les circonstances de ce départ, je vous propose
une chronologie
des événements qui se sont déroulés
dans les Balkans. Je vous recommandé également la lecture
d'un excellent texte à caractère documentaire : Mordre
dans la pierre, de Wojciech Tochman.
Pendant toutes ces années, j'ai conservé précieusement
le petit papier vert qui m'avait été laissé...
papier sur lequel figuraient les coordonnées d'Alain. J'ai
retrouvé cet homme en 2007 et je relaterai très prochainement
la suite du périple entamé cet hiver-là... dans
une revue. |
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Voici quelques éléments
de la biographie d'Alain, extraits des deux discours prononcés
à l'occasion de la décoration qu'il a reçue fin avril
2007 : les insignes de chevalier dans l'ordre national du mérite.
Il y a trois hommes en un seul : l'autodidacte, l'entrepreneur et
l'homme de cur.
Alain
est parti de rien, selon l'expression consacrée. De 14 à
20 ans, il exerce toutes sortes de métiers : cuisinier, pompiste,
coursier, aide-maçon, chauffeur... Le 2 juin 1972, à 20
ans, alors qu'il est encore mineur, il crée sa propre entreprise.
En 1976, il embauche. Il emploie six de ses frères, ainsi que des
jeunes en difficulté. Il fonde également une entreprise
au Gabon. Il s'engage en ex-Yougoslavie
(l'objet de cette page), puis au Cambodge.
Convoi
humanitaire en ex-Yougoslavie
(commentaires
extraits de l'article à paraître prochainement dans koumène)
Les
ennuis mécaniques ne tardèrent pas à se révéler.
Il faut savoir que des freins intermédiaires, appelés
Telma du nom de la société qui les a conçus,
équipent les camions. Un mauvais usage de ce ralentisseur électrique
peut entraîner une surchauffe. La règle absolue consiste
donc à remettre à zéro ce frein magnétique,
sans quoi il reste enclenché et chauffe.
Le premier incident se produisit dans une station-service sur l'autoroute,
au moment du ravitaillement en carburant. Un camion, censément
arrêté, se mit à avancer en direction de celui
qui le précédait. Mais le véhicule se déplaça
doucement, tout doucement, si doucement que le garçon qui se
trouvait entre les deux poids lourds, par chance, une chance extraordinaire,
fut tout juste coincé, à peine compressé, entre
les deux carcasses d'acier. Il n'eut pas même une côte
cassée. La cause de cette frayeur mémorable : le réglage
du Telma n'avait pas été fait de façon convenable.
Quand plus tard le même incident se reproduisit, un pare-brise
se pulvérisa : cette fois-ci, le camion garé derrière
le premier avait avancé beaucoup plus vite en raison d'une
légère déclivité du terrain.. |
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| Alain
conserve intact le souvenir d'une très grande gentillesse de
la part de la police italienne, à l'arrivée au poste
frontière. |
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| À
aucun moment il n'y eut de place pour la démoralisation, bien
que les conditions du voyage fussent excessivement pénibles.
Ils se nourrissaient comme ils pouvaient, avec les doigts, assis tant
bien que mal sur des bouts de ferraille, avec pour seule source d'énergie
une bouteille de gaz à moitié vide. Vivre dans des conditions
pareilles relevait du dévouement. Mais jusqu'à Split,
ces compagnons de route rirent et plaisantèrent : ils gardaient
le moral...Tout le monde avait la sensation de vivre une grande aventure
de salut. |
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En
Croatie, ils longèrent la mer Adriatique. Alain se souvient
d'un très joli panorama. Mais ils traversèrent également
nombre de villages brûlés. De terribles contrastes se
présentaient à eux : des villages en ruines, et
vingt à trente kilomètres plus loin, c'était
une ville épargnée de tout dommage qu'ils découvraient.
Dans le village où ils s'arrêtèrent, ils offrirent
du chocolat aux enfants qu'ils rencontrèrent. Mais les parents
vinrent aussitôt leur rapporter le "cadeau" : ils
ne faisaient pas la mendicité. Ces familles survivaient pourtant
dans un état de pauvreté extrême.
Autour de ces parents qui avaient interdit à ces étrangers
de donner du chocolat à leurs enfants, il ne restait de certaines
maisons que des cendres, tandis que d'autres vestiges fumaient encore.
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| Un
mode de communication permettant de garder le contact entre tous les
camions était indispensable : ce système de radio, c'était
la "citizen's band", la "CB" - l'usage du téléphone
portable n'allait se répandre que plus tardivement. Une distance
importante séparait le premier du dernier camion mais tous
avaient besoin d'être informés de l'allure de chaque
véhicule. Il y en avait toujours un qui prenait du retard,
pour une raison ou pour une autre. Il fallait alors s'arrêter
pour l'attendre : la vitesse moyenne du convoi était donc extrêmement
basse. |
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| L'entrée
du convoi à Split, en particulier la remontée des boulevards,
perturba la circulation dans la ville croate. Les automobilistes traitèrent
les arrivants avec force mépris et insultes. |
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| La
population, songera Alain plus tard, devait ressentir une intense
exaspération à la vue du défilé permanent
des véhicules militaires et humanitaires. Ces camions, apportant
de quoi se nourrir et se chauffer à des populations totalement
démunies, venaient troubler le quotidien des habitants de la
belle Split. |
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| Elément
aggravant s'il en est, la base ravitaillée par ces poids lourds
desservait Sarajevo, en Bosnie. Or, une mésentente absolue
opposait les Croates aux Bosniaques. Les Splitois ne pouvaient donc
accueillir les humanitaires avec chaleur et bienveillance. Mais quand
une population se plaint du dérangement occasionné par
des hommes venus en secourir d'autres, comment encourager des hommes
et des femmes à se lancer dans le bénévolat ?
Car les Splitois n'étaient pas en guerre. Ils vivaient dans
l'opulence et dans l'indifférence quant au sort de leurs compatriotes
yougoslaves. |
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| Le
retour se fit avec la voiture d'Alain. Au bout de quelques heures
de conduite, alors que la nuit était tombée, ils s'arrêtèrent
dans un petit village pour se reposer. Alain occupait le siège
du conducteur, Hervé celui du passager, et trois jeunes étaient
installés à l'arrière - les autres étaient
restés sur place. Il faisait chaud, les glaces du véhicule
étaient ouvertes, tous dormaient. Alain se réveilla
soudain, pétrifié : un jeune Yougoslave en tenue militaire
pointait une arme sur sa tempe. Il avait peut-être une vingtaine
d'années. Cette brutalité, c'était pour lui une
façon de s'exprimer, de faire comprendre à Alain que
sa vie et celles de ses amis étaient en grand danger. Alain
ne comprenait pas un mot de ce qu'il entendait parce que ce garçon
parlait une langue qui lui était tout à fait inconnue,
mais dans sa voix perçait douceur et gentillesse. Ce souvenir
a marqué Alain, non pas tant en raison de la peur éprouvée
par le fusil dirigé sur lui, que de l'expression du visage
de ce jeune militaire, qui semblait signifier : "C'est trop dangereux,
partez vite d'ici !". |
AU
GABON
Alain
a travaillé en Afrique. Il a notamment vécu au Gabon, où
même l'école est payante. Alain a fait du transport de marchandises
dans la forêt équatoriale ; on dit : « livrer
en brousse ».
Alain
cite le travail accompli en Afrique Noire par l'ONG Afrique
verte. On apprend aux villageois à s'occuper d'un potager et
à l'irriguer. Et quand une personne a acquis cette connaissance,
elle la transmetà une autre, qui l'apprend à une troisième...
Plusieurs petits potagers ont ainsi fait leur apparition dans les villages
où il n'y a pas d'eau.
Alain
a aussi assisté à des scènes beaucoup mois encourageantes.
Parce que la logistique pour distribuer ou prescrire les médicaments
venus de l'Occident était inexistante, Alain a vu de ses yeux ces
médicaments jetés à la mer.
En attendant
de vous raconter davantage, jetez
un oeil sur les photos d'Alain.

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