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In memoriam Jean L.
Il entra aux chemins de fer à 18 ans, où il fit les trois-huit. Il s'est marié le 7 janvier 1950.Il épousa P. : elle avait 22 ans, il en avait 24. Il quitta la SNCF pour reprendre son travail à la ferme jusqu'au jour où une fracture de vertèbre ne lui permit plus de s'y consacrer, du moins pour un long temps. Il réintégra alors la SNCF. Quand l'âge ne permit plus au " grand-père ", son beau-père, de travailler à la ferme, Jean L. prit la suite et consacra ses journées de repos aux travaux des champs. Il aimait servir les autres. La maladie l'a contraint à la dépendance. Lui, dont toute la vie aura été un long service, devait désormais être servi par les autres. Cet homme se rendait à la messe chaque dimanche. Puis la maladie lui a rendu ce déplacement impossible, ce dont il souffrit beaucoup. Ce n'est que peu de jours avant sa mort que j'ai appris ceci : son père était alcoolique. C'est pour cette raison-là qu'il avait commencé à travailler à seize ans ; il fallait rapporter de l'argent à la maison. Son frère aîné faisait de même. Jamais je n'avais soupçonné ce passé - forcément - douloureux dans l'enfance de cet homme qui ne se plaignait jamais, pas même pendant les années que durèrent les souffrances dues à sa maladie. Son départ ampute mes souvenirs d'enfance d'une figure souriante. La première image qui m'est revenue, durant les derniers jours de son agonie, la voici : quand nous arrivions, le dimanche, en fin de matinée, après une heure de route [ici devraient être ajoutés des détails sur le décor sonore du voyage, mais ce n'est pas l'heure pour moi de les évoquer ; j'attends, comme je redoute, le déclic pour le faire], en arrivant, donc, nous ouvrions la porte d'entrée ; il n'était pas loin, il avait vu la voiture arriver. L'une de ses premières paroles faisait allusion à mes babillages anglo-saxons. A l'époque de ces souvenirs, l'excellence de mes professeurs d'anglais avait largement contribué à me faire éprouver pour cette langue un attachement quasi-passionnel. Je me délectais des mots, des structures idiomatiques et des expressions " It's the last straw that breaks the camel's back " anglaises. Je les utilisais quotidiennement, aux sauces les plus diverses. Cela amusait cet homme qui m'accueillait avec le sourire en m'entendant lui parler dans une langue qu'il n'avais jamais étudiée. Il est parti le jour où, recevant ma FreeBox, j'ai découvert le surf haut-débit à domicile. Il a été inhumé le jour où ont été enregistrés, au studio 112, mes premiers pas en tant que productrice pour la radio. Références prosaïques au calendrier de mon quotidien Mais c'est aussi en gardant la conscience des bons événements, petits ou grands, que la tristesse et le manque paraissent moins douloureux. Cet homme, c'était mon papy Jean (20 juillet 1926 - 9 mai 2005).
En ce
dimanche 28 août 2005, pour la première fois, il n'est pas
présent à la farfouille.
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