BRIC-À-BRAC

On les jette après utilisation ; les conserver ne revêt aucune utilité, on ne saurait qu’en faire. On en retrouve parfois, froissés ou déchirés, au fin fond d’une poche ou bien dans la boîte à gants de son auto.

L’âme collectionneuse, j’archive pourtant ces tickets. Soigneusement. Car chacun d’entre eux porte une histoire. Si elle est parfois générale (voir l’évolution de titre de transport de la régie autonome des transports parisiens par exemple), elle demeure toujours et avant tout particulière : ces bouts de papier détiennent chacun un passé commun avec moi et avec les autres dont ils portent la trace (une autre consommation sur le ticket de café, le numéro du serveur…).

Leur seule matière mérite quelques mots. Les uns, cartonnés, résistent à la moiteur des mains qui suent dans le métro bondé ; les autres, si fins qu’ils en deviennent fragiles, si agréablement lisses au toucher, se gondolent irrémédiablement quand une gouttelette sucrée tombe pour y déposer son sceau.

Chez moi, ces tickets aux dimensions et couleurs variables déclenchent la rêverie. Ces bribes d’histoires permettent de reconstituer un puzzle et d’en imaginer la face cachée, selon l’inspiration du moment. Qui était cet homme qui a perdu ce ticket de métro parisien près du musée de la marine de Brest ? Qu’est devenu « Pascal », serveur au Flore en février 2000 ? A quoi ressemble la vie d’un nécrosophe ?

 

 

 

 

 

 




 

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