Des incidences
de l'irruption d'une
grue dans ma vie,
sous presse...
Dimanche
29 janvier 2006
«
Le repas est l'architecte de la vie familiale, imposant notamment
une conversation par ailleurs plus aléatoire. Mais cette
conversation est difficile dans nombre de ménages, qui
doivent donc s'aider de la prothèse télévisuelle,
pour masquer le silence et relancer la parole. Ceci explique sa
fréquente utilisation. Un Français sur deux regarde
la télévision en mangeant lors du repas le plus
familial, le dîner, et ces chiffres sont en constante augmentation
[...]. Il sont moins importants pour les repas plus individualisés
comme le petit-déjeuner, ce qui montre bien que l'attrait
télévisuel stricto sensu est secondaire :
la télévision lors du repas a d'abord une fonction
familiale. »
Jean-Claude Kaufmann, Casseroles, amour et crises - Ce
que cuisiner veut dire.
Dans
ce passage, il est une expression que j'ai absolument voulu intégrer
à la Reading Room :
« prothèse télévisuelle ».
Nos téléviseurs remplissaient depuis déjà
quelques temps ce rôle de prothèse, il ne nous manquait
plus la formule lexicale se rapportant à ce phénomène.
Vendredi
27 janvier 2006
Sur
les Champs, je me laisse inonder de soleil. Pas pour longtemps :
on me propose une quarantaine de minutes de sondage en échange
d'un bon d'achat au montant substantiel. J'accepte. J'aime participer
à ce genre de petites études. Cf. ici
et là.
Une étude sur les Français et la musique réalisée
le 27 juin 2005 par TNS-Sofres pour la SACEM nous s'avère
pour moi une source inépuisable d'inspiration...
Dans la
section intitulée « La musique : bande originale de
la vie » (j'élargirais même le propos :
« La radio :
bande originale de la vie », on apprend que « 83 % déclarent
chanter fréquemment ou occasionnellement et [que] cette pratique
s'inscrit dans tous les moments de la vie quotidienne :
19% des "chanteurs" le font dans leur voiture, 13% dans
leur salle de bain, 10% chantent quand ils sont de bonne humeur,
9% aux réunions de famille et 6% avec des amis lors de fêtes.
Le chant est aussi l'activité idéale pour accompagner
un travail manuel : 15% des femmes fredonnent en faisant le ménage,
28% des agriculteurs et 16% des ouvriers le font, eux, en travaillant. »
Mercredi
25 janvier 2006
Chacun des scénarii
des films visionnés ces dernières 48 heures malmenait
un écrivain : tantôt il pillait la vie d'un proche
pour en faire un roman (Swimming pool), tantôt il assassinait
une adoratrice (Insomnia).
Méfiez-vous des gens qui écrivent.
Mardi
24 janvier 2006
Visionné,
au Balzac, Ce n'est pas tout à fait la vie dont j'avais
rêvé.
À fuir.
En fin de séance, sitôt la lumière revenue,
les spectateurs s'empressent de quitter la salle :
« Si j'aurais su, j's'rais pas v'nu...
»
« C'était un peu vain...
»
Lundi
23 janvier 2006
Le
parangon de cadran d'horloge qui cause à JMZ bien
des choses [...] : ce magnifique alignement numérique
qu'est le 14:14:14. Au fil de nos multiples collaborations, j'ai
été contaminée par cette manie de réalisateur
qui consiste à se réjouir en guettant ou en surprenant
au vol cette triple symétrie horaire.
78% des Français
(81% des femmes et 74% des hommes) se regardent au moins une fois
par jour dans une glace, selon un sondage BVA réalisé
pour le « Domoscope » de la marque Unilever. Les Français
s'avèrent satisfaits de limage que leur renvoie le
miroir : 80% déclarent se plaire (22% « tout à
fait » et 58% « plutôt »). 70% des personnes
interrogées (76% des femmes) disent faire attention à
leur poids (dont la moitié pour des raisons de santé)
et 42% souhaitent perdre quelques kilos en trop. Plus dun
Français sur deux (55%) adopte une tenue décontractée
pour être à laise chez soi, dont 3 % qui optent
pour les sous-vêtements et 1 % qui préfèrent
être nus (principalement des hommes).
Samedi
21
janvier 2006
Simone
Hérault, auteur de Grâce à ma voix
(éd. La vie du rail), parle de la radio, de ce
« parler à l'oreille » beaucoup moins froid
que la télévision. Belle expression dans sa bouche :
le « velouté de la voix ».
À partir
de 1972, derrière le micro de FIP, l'animatrice radio cultive
dans l'anonymat, l'humour et l'impertinence, pour le plus grand
bonheur des auditeurs. Parallèlement,
en 1981, tandis que le TGV fait ses premiers galops commerciaux,
elle se forge un prénom à la SNCF. Depuis quelques
années, phénomène de mode oblige, les médias
s'intéressent de plus en plus à la femme qui se
cache derrière cet organe vocal qui séduit
et intrigue depuis trente ans...
En 2001, elle a fondé la Compagnie Lire Autrement.
Quelques éléments
pour en savoir davantage sur Simone Hérault, la voix de
la SNCF...
«
Le TGV numéro 4258 à destination de Marseille partira
quai 2 voie B » : c'est elle. « Eloignez-vous
de la bordure du quai », c'est toujours elle. « Attention
à la fermeture automatique des portes », c'est encore
elle ! Simone Hérault : la voix de la SNCF. Incontournable
: depuis les quais où elle s'adresse à vous jusqu'au
serveur vocal 3635 et aux lignes internes des services de la SNCF,
nul ne peut l'ignorer.
Deux
à trois fois par mois, l'ancienne animatrice de la radio
FIP, aujourd'hui quinquagénaire pétillante, enregistre
des mots, des chiffres, des noms de villes et de gares, et des
annonces au ton velouté au Centre audiovisuel de la SNCF
à Saint-Ouen. Avec elle, la compagnie ferroviaire tient
son identité sonore. « Au début des années
quatre-vingt, la SNCF avait besoin d'élargir sa gamme de
voix et elle est venue faire un casting à FIP, explique
Simone Hérault. Pourquoi ai-je été choisie
? Il se trouve que la fréquence de ma voix s'avérait
particulièrement adaptée à l'environnement
des gares. De toute façon, j'ai toujours été
une voix... » C'était le temps de l'analogique :
Simone Hérault opère alors en tandem, le travail
se répartissant entre « les annonces d'hiver et les
annonces d'été ». Auparavant, les messages
entendus dans les haut-parleurs des gares étaient claironnés
par les agents eux-mêmes. Avec plus ou moins de bonheur.
Car les cheminots étant soumis à une certaine mobilité
au cours de leur carrière, on pouvait entendre un Alsacien
annoncer en gare de Marseille le nom de celles de Biarritz ou
Chambéry avec un accent plutôt déroutant pour
les usagers du crû !
Les
années quatre-vingt-dix ont célébré
l'avènement du numérique, technologie qui autorise
une forme de standardisation des messages. Tous les mots qu'enregistre
Simone sont stockés dans des centaines de bases de données.
Un logiciel les assemble ensuite pour construire une phrase. Cette
technique s'appelle la concaténation. A l'oreille, l'illusion
frôle la perfection sur les quais de gare ! Chaque train,
par exemple, possède une appellation propre : TGV, TER,
Corail, Talgo... Chaque gare, aussi, détient son vocabulaire
: les voies y sont désignées par des lettres ou
des numéros, les dessertes varient aussi. Bref, les bases
de données accueillent des milliers de mots.
« Il existe trois sortes d'annonces, précise Simone
Hérault. Le vocabulaire commun de tous les jours, avec
les messages du type Eloignez-vous de la bordure du quai,
le vocabulaire spécifique comme les noms des villes desservies
ou des issues (Sortie avenue Victor-Hugo par exemple),
et le vocabulaire des annonces exceptionnelles qui ont trait à
une manifestation particulière comme l'Enduro du Touquet
ou la Grande Braderie de Lille
». Dans le souci du détail, ce n'est pas tout :
le nom de chaque gare, par exemple, est enregistré avec
trois intonations différentes, une haute, une basse et
une plutôt neutre. Le mot est ensuite inséré,
avec l'intonation adéquate, selon sa position dans l'annonce.
Pour les noms dont la prononciation est particulièrement
difficile et aux accents très régionaux, les gares
ou les offices de tourisme sont régulièrement contactés
pour ne pas heurter les habitudes locales. De même, les
numéros de trains font l'objet d'un savant montage. «
Pour
annoncer le train 9412, confie Simone Hérault, j'enregistre
d'abord le 9000, puis le 400 puis le 12 ».
« Nous
avons beaucoup travaillé sur l'amélioration du vocabulaire
des annonces qui était parfois trop réservé
aux initiés, explique-t-elle encore. Avant, par exemple,
le passage d'un objet roulant était annoncé par
: Attention, une circulation approche. Pour les clients,
ce n'était pas toujours bien clair. Nous avons aussi voulu
introduire dans nos messages des notions de politesse, d'amabilité,
ne serait-ce qu'en ajoutant parfois des s'il-vous-plaît.
Intermittente, puisqu'elle n'intervient qu'à la prestation
pour la SNCF, Simone Hérault dit bien aimer « parler
aux gens ». « Mes
annonces doivent être apaisantes et sécurisantes
», explique-t-elle. Contractuellement, sa voix est propriété
de la SNCF, qui l'exporte dans les aéroports de Bruxelles,
du Caire et peut-être demain de Bahrein... En France, ne
demeurent aujourd'hui que quelques dizaines de gares qui ne sont
pas sonorisées et où les annonces sont encore faites
au micro.
Le 1er avril 2005, des annonces poétiques, drôles
ou surréalistes écrites et enregistrées par
Simone ont été diffusées dans la plupart
des gares de France .
La voix de
Simone sentend aussi dans laéroport du Caire
et celui de Bruxelles.
Simone prend
garde à prononcer de la bonne manière des noms de
villes telles que Chamonix (faire entendre ou non le x final) et
comme Metz (dont certains prononcent le t). Il s'agit d'éviter
de froisser les usagers...
L'autre invité
venu parler de la voix est Jean
Abitbol. Voilà environ cinq millions d'années
que l'Homo vocalis est né. Pour comprendre la voix, il
faut survoler quatre milliards et demi d'années, depuis
l'apparition de l'ADN sur notre planète bleue. La flèche
du temps nous a conduits de la cellule au larynx, de notre cerveau
au langage, de notre écoute à la voix. C'est le
processus de l'évolution. La voix véhicule la pensée,
les rêves ; elle est la source de la créativité
de l'homme.
Notre voix révèle les cicatrices de notre vie. Elle
exprime notre moi intime. Elle est sexuée. Comment exerce-t-elle
son pouvoir de séduction ? Sommes-nous toujours ses complices
? Cette merveilleuse machine mécanique et émotionnelle
est-elle arrivée au bout de son parcours ? Autant de questions
auxquelles répond L'odyssée de la voix (éd.
Robert Laffont).
Vendredi
20
janvier 2006
Au
« carrefour »
dans la petite couronne, un comédien octogénaire
rencontré mardi met quelques instants à me reconnaître,
puis me déclare, tel un jeune premier terriblement sincère :
« Vous
êtes ravissante. »
Puisqu'il vient de me remettre, je m'approche pour le saluer, et
là : « Maintenant
que je vous vois de plus près, vous êtes encore plus
belle. » C'est bien mignon, ça.
Dimanche
15 janvier
2006
15
heures, Théâtre Rive Gauche, Les héritiers.
Une pause entre le 39e et le 40e coup de
fil à un futur potentiel comédien pour un feuilleton
à venir que je prépare sans relâche.
Vendredi
13 janvier 2006 Je termine la lecture du roman de Hugo
Boris, Le baiser dans la nuque, ce soir, sur la ligne 5,
avant de rejoindre le théâre Darius Milhaud. Il y
a quelquechose d'indécent à emporter partout avec
moi ce livre au titre aussi... pudique et impudique à la
fois. J'ai le sentiment d'exhiber une part d'intimité en
affichant trop ostensiblement dans le bus, le métro ou
le R.E.R. ces quatre mots. Le marque-page au format carte postale
que je me suis confectionné permet de camoufler le titre
sensuel aux voyageurs inconnus avec lesquels je partage le wagon.
Les vers de ce poème d'Arthur figure chacun à leur
tour en exergue aux quatre parties du roman :
L'étoile
a pleuré rose (1871)
L'étoile a pleuré rose au cur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
L'étoile a pleuré rose est un poème sans
titre, un quatrain isolé. La même structure syntaxique
se répète dans les quatre alexandrins qui le composent.
Les quatre compléments circonstanciels du deuxième
hémistiche énumèrent des parties du corps
féminin : les « oreilles »,
la « nuque »,
les « reins »,
les seins (« mammes
vermeilles »),
le « flanc ».
Le premier hémistiche des alexandrins (les trois premiers
d'entre eux, du moins) désigne des acteurs symboliques
de la scène cosmique (« l'étoile »,
« l'infini »,
« la
mer »)
dont les actions respectives (pleurer, rouler, perler) semblent
modeler le corps superbe de la Femme, lui conférant ses
formes, ses attributs, ses couleurs. On croit bien reconnaître
un « blason »,
et même, pour être plus précis, une Vénus
naissant des flots.
Mais Rimbaud renouvelle radicalement le thème, de deux
façons. D'une part, il adopte une forme énumérative-répétitive
qui lui permet de faire abstraction de toute rhétorique
narrative (lot habituel du genre mythologique) et de travailler
la densité métaphorique du poème. D'autre
part, il ménage une chute sinistre (vers 4) qui renverse
le sens normalement attendu. Il transforme ainsi un apparent madrigal
en une épigramme féroce, dénonçant
les souffrances imposées à l'Homme par la Femme.
« "Surpris
par la nuit"
à l'écoute »
titre un article en ligne sur le site de la radio.
L'internaute curieux y trouve un message à son attention :
« Chère
auditrice, cher auditeur, vous aimez la radio, vous l'écoutez
parfois, souvent, toujours, la nuit, le jour, en voiture, chez
vous Vous
l'écoutez dans votre boulangerie, en salle de sport, dans
votre atelier, sur votre tracteur Vous
l'écoutez dans le poste, sur le web ? Racontez-nous
tout Quelques-unes
de vos histoires seront reprises dans l'émission "Surpris
par la nuit : à l'écoute", diffusée
le mardi 21 février 2006 à 22h30. »
Je décide de re relever le défi. La suite bientôt
en ligne...
Mardi
10 janvier 2006
Une
histoire de sel de céleri et Massa
nous improvise une merveille au piano. Cinq versions délicatement
émouvantes. Ça s'est passé au 114, au
coeur de ma maison ronde.
Une heure pour
l'aller, une heure pour le retour : peu me chaut le temps passé
dans le métro - à bouquiner, d'ailleurs -
si c'est pour découvrir la vision d'un autre habitant des
lieux, Olivier
Mirguet,
journaliste à Radio France dont les photographies prises
dans la maison ronde lors de temps morts sont exposées à
l'espace Khiasma,aux
Lilas.
Lundi 2 janvier 2006
Internet, ou comment rattraper les gaffes du Père
Noël titre un article de L'Expansion : un
internaute français sur deux s'avère prêt à
tenter de revendre sur les sites d'enchères, après
les fêtes, les cadeaux en double ou de mauvais goût.